May 21, 2022

"Le Web 3, j'y crois dur comme fer !" (Matthieu Stéfani, GDIY)

"Le Web 3, j'y crois dur comme fer !" (Matthieu Stéfani, GDIY)

Après le Web 1.0 et le Web 2.0, la nouvelle vision d’Internet, baptisée Web 3.0, commence à devenir réalité. Est-ce réellement le futur du Web ou simplement une nouvelle utopie ?


🔵 Matthieu Stefani, podcasteur et président exécutif de CosaVostra, donne son avis sur le sujet de cette nouvelle version possible de l’internet. Matthieu y croit dur comme fer, il affirme que le web 3.0 sera un internet décentralisé basé sur la blockchain. Une version qui permettra de reprendre le pouvoir aux géants du web, notamment en matière de données personnelles.

Dans cette interview fleuve, on décortique la notion de Web 3 lié à la blockchain et aux NFT. Matthieu explique comment il a même créé lui-même des NFT et comment il aimerait transformer son entreprise en DAO, une communauté décentralisée… 

Bonne écoute !  

Cet épisode vous a plu ? Découvrez la série spéciale Vous allez tout comprendre consacrée aux technologies du quotidien 

Transcript

 

Jérôme Colombain : Bonjour Matthieu Stéfani. 

Matthieu Stéfani : Salut Jérôme Colombain.

Jérôme Colombain : Merci de m’accueillir chez toi, ici au siège de CosaVostra.

Matthieu Stéfani : Je sais qu’on te le dit à chaque fois parce que la dernière fois qu’on a déjeuné ensemble y a quelques mois, j’ai dit que ça fait bizarre d’entendre cette voix quand on est en face. Mais alors, l’entendre dans mon studio, comme ça, quand quelqu’un qui m’interroge, là ça me fait tout bizarre, tout chelou.

Jérôme Colombain : Quelques années de radio, effectivement, ça marque. Matthieu Stéfani, entrepreneur, multi-entrepreneur. On peut citer notamment CosaVostra, qui est ton entreprise et dans laquelle on se trouve aujourd’hui, Orso Média également, plus tourné d’ailleurs vers les médias et les podcasts créés récemment avec Christofer Ciminelli, une autre connaissance commune. Et puis, tu es surtout podcasteur et non des moindres, un grand podcasteur, Génération Do It Yourself, qui est un des podcasts les plus écoutés en France.

Matthieu Stéfani : Tout à fait.

Jérôme Colombain : Combien d’auditeurs par mois ?

Matthieu Stéfani : Entre 5 et 600 000 écoutes mensuelles, et puis surtout c’est un format très long avec un taux de complétion très important, donc c’est ça qui est surprenant.

Jérôme Colombain : Le taux de complétion c’est la durée pendant laquelle on écoute l’émission.

Matthieu Stéfani : Oui, donc je fais des formats qui peuvent durer entre 2 et 3 heures, et avec des auditeurs qui coûtent en moyenne, je crois que c’est entre 70 et 80. Ce sont des gens qui les écoutent en entier. C’est fou.

Jérôme Colombain : Je fais partie de ton public, c’est comme ça que je t’ai découvert d’ailleurs, en écoutant Génération Do It Yourself puisque tu reçois à chaque fois des entrepreneurs français, des innovateurs. Alors, toi tu n’es pas véritablement un homme de Tech, mais tu es véritablement un homme de l’entreprise et de l’entrepreneuriat. Donc, c’est vraiment ça qui m’intéressait. C’est pour ça que j’ai sollicité cette interview avec toi, pour avoir un peu ton regard sur l’innovation à la française. Donc, Génération Do It Yourself, je l’ai dit également, La Martingale qui est également un autre podcast que tu animes. Tu rencontres régulièrement ces entrepreneurs. Je pose une question un peu babtou, mais finalement comment est-ce que tu sens aujourd’hui l’innovation à la française ?

Matthieu Stéfani : Je dois quand même te dire que je suis extrêmement vexé parce que tu n’as pas senti que j’étais un homme de Tech, tu vois ? Alors que j’ai vraiment ça dans le sang. Je ne programme pas moi-même.

Jérôme Colombain : Alors, c’est pour ça que je me suis permis de te dire ça.

Matthieu Stéfani : Mais j’ai créé moi-même des sites tout seul que j’ai revendus tu vois, enfin des vrais business de A à Z. En revanche, je ne suis ni dev, ni designer, ni voilà, je suis un vrai entrepreneur dans le sang, mais entrepreneur de la Tech.

Jérôme Colombain : Pardon. J’avais retenu un jour où tu disais je n’ai jamais écrit une ligne de code.

Matthieu Stéfani : Non, je n’ai jamais écrit une ligne de code, ce qui n’est pas tout à fait vrai, mais c’est un peu comme si je te disais, enfin je ne suis pas bon là-dedans donc. Maintenant, pas dev, mais Tech oui. Ta question du coup était… du coup, je suis resté bornée là-dessus.

Jérôme Colombain : Parmi tous les invités que tu as reçus dans Génération Do It Yourself, ça te permet de sentir un peu les tendances en matière d’innovation, qu’est-ce que tu retiens de tout ça ?

Matthieu Stéfani : Écoutes, je retiens que la plupart ont quand même aussi ça dans le sang. Y a quand même quelques opportunistes, ça arrive, mais la plupart de mes invitées ont atteint une passion de l’innovation, de l’invention de demain. Et en fait, la Tech c’est autant la machine à vapeur que tu vois la machine à écrire que l’invention de la voiture, et voilà que ce qu’on vit aujourd’hui sur la computer science, les ordinateurs et voilà. Sauf que ça s’est accéléré très vite, très fort et qu’on vit un moment totalement incroyable.

Jérôme Colombain : On peut rappeler pardon Matthieu, et j’aurais dû d’ailleurs le dire avant quelques noms peut-être des grandes personnalités de l’innovation dans le numérique que tu as reçues.      

Matthieu Stéfani : Alors, ça va de tu vois ce matin, j’ai enregistré avec quelqu’un qui est peut-être moins connu, mais qui est une énorme figure de la Tech en ce moment, qui s’appelle Jean David Blanc, qui est le fondateur d’Allo Ciné, de Molotov, qui est vraiment un papa de la Tech. Voilà, ça va, Catherine Barba, Marc Simoncini, les fondateurs de Miracle, une des plus grosses plateformes, plus grosses levées de la France, Lydia pour tous ceux que tout le monde connaît, Cyril Chiche, enfin quasiment tout le monde à part Steve Jobs et John Mosk. J’attends un gros nom américain, j’espère, je touche du bois très prochainement. Un très gros nom américain puisque j’ai fait 1 ou 2 podcasts en anglais et que je traduis ensuite, et également non, le seul que je n’ai pas eu en France, enfin en tout cas dans les très grands noms de la Tech, c’est Xavier Niel. Mais j’y compte bien aussi prochainement la voir, je travaille depuis des années.

Jérôme Colombain : Coucou Xavier, donc si tu nous entends, Matthieu serait très intéressé.

Matthieu Stéfani : Tout à fait.

Jérôme Colombain : Alors, y a aussi autre chose je trouve qui est très intéressant dans ta vision de la Tech et l’innovation numérique en ce moment, c’est ta position par rapport à ce qu’on appelle le Web 3. Bon, au fait, c’est ça qui m’a donné l’envie vraiment de venir vers toi. Je t’ai entendu, c’était dans le podcast de mon camarade d’ailleurs, Olivier Frigara. On refait le Mac et tu disais, tu poussais un peu une gueulante parce qu’on remettait en question cette histoire de Web 3. Le Web 3, on rappelle un peu quelle est l’idée. Ça retrouve beaucoup de choses, d’ailleurs je vais peut-être te laisser les présenter ces choses-là. C’est pour quoi pour toi le Web 3 et pourquoi tu y crois ? Tu as l’air d’y croire. 

Matthieu Stéfani : Alors, ce qu’on dénomme le Web 3, c’est une nouvelle version du web décentralisé, basée sur la blockchain, donc on connaît le bitcoin sur la blockchain. On connait un certain ethereum et puis d’autres différentes blockchain qui existent. On entend de plus en plus parler des NFT. On mélange tout ça souvent avec les métaverses qui ne sont pas pour certaines décentralisées, ou un certain nombre de métaverses comme ça, qui sont très liées au Web 3, pour une grande partie d’entre elles, mais pas toutes. Et ça c’est assez clair puisqu’il faut des gros jets en ligne et même au MMORPG, comme on les appelle, Massively Multiplayer Online Role Playing Games, qui sont en fait déjà des métaverses. Dessus se retrouvent des centaines de milliers ou de millions de personnes chaque jour sur Call Of Duty. Tu peux y acheter des choses dans une boutique, tu peux y gagner des choses.

Jérôme Colombain : La particularité c’est que c’est persistant, ce sont des univers persistants et centralisés, et puis qui n’intègrent pas la dimension réalité virtuelle, c’est-à-dire que ça se pratique sur un écran, pas avec un masque de réalité virtuelle.

Matthieu Stéfani : Oui, mais une métaverse peut se faire sur un écran aussi potentiellement. L’idée c’est aussi qu’aujourd’hui, on ait une sorte de perception, de fantasmes sur la métaverse, façon Second Life, où y avait une sorte de monde parallèle où t’allais rencontrer des gens, mais sans vraiment trop rien faire. Moi ça, je ne suis pas trop certain de l’avenir de ce genre de chose. En revanche, une fois que tu les animes et tu y vis vraiment des aventures réelles, qu’elles soient souvent autour du gaming, mais ça peut être du gaming de casino, ça peut être du gaming sur lequel tu vas faire de l’avion, tu vas faire de la guerre, tu peux faire des trucs plus drôles, moins drôles, etc. Bon, pourquoi pas ? Mais en tout cas, je te dis, ce sera plus des inhalations de jeux vidéo existants aujourd’hui. Pour revenir sur le Web 3, aujourd’hui, pour moi, la grande révolution c’est la décentralisation. C’est qu’en gros, le principe de la blockchain, je ne suis pas le plus grand expert là-dedans, mais pour l’expliquer, on est d’accord, c’est que quand tu signes un acte notarié, tu vas dire Jérôme vend sa maison à Matthieu. Et en face, y a un notaire qui a un registre qui va être lui-même centralisé sur le cadastre, mais c’est centralisé au niveau de l’État français. Ça passe de Jérôme à Matthieu, je te paie tant, tout ça a été enregistré, la maison est désormais à moi. Point.

Jérôme Colombain : Et le notaire joue le rôle de tiers de confiance, il stocke les actes authentiques, etc.

Matthieu Stéfani : Quand tu vas parler de blockchain, y a différentes manières de le prouver derrière, proof of work, proof of stake et proof of authority. Là, on est une sorte de proof of authority, y a aucune preuve d’autorité, le cadastre est le voilà. Ça, c’est une sorte de décentralisation. Mais tu vas avoir en fait une multitude, une infinité d’endroits où sont enregistrés des bouts, des fractions de cette information, de ce changement de propriété de Jérôme à Matthieu, et qui sont démultipliées elles-mêmes à plusieurs endroits, donc elles sont inviolables puisque personne ne sait qui détient quelle information et puis, y a énormément de personnes qui en détiennent avec des copies, etc., donc on reformule cette transaction. Elle est enregistrée pour l’éternité sur cette blockchain et elle ne pourra pas changer. Okey ? Donc, si t’as des millions de personnes, tu ne vas pas pouvoir aller les voir un par un et lui dire, allez s’il te plaît, change le truc, dis que je ne l’ai pas vendu.

Jérôme Colombain : Du coup, c’est ce qui fait l’inviolabilité du truc.

Matthieu Stéfani : Exactement. Donc quand t’arrives à scale sur une grande échelle, et bah voilà. Donc, tout ça, ça peut se déployer et ça va changer énormément de choses. On passe d’un monde, on est passé du Web 1 au Web 2. Le Web 2, c’est le grand univers de Facebook, mais aussi de Google.

Jérôme Colombain : Justement les blogs au départ.

Matthieu Stéfani : Oui, les blogs, mais c’est centralisé à un endroit où finalement, tu vas avoir des acteurs sans trop qui vont récolter un maximum de données sur toi, sur tes transactions, sur tes habitudes, sur tes échanges de mail, sur tes agendas, sur tes dépenses par carte, sur plein de choses, et qui vont utiliser cette valeur pour la revendre généralement pour la publicité. Je schématise, mais en gros, ça c’est le Web 2. Ok ? Donc, tu vas interagir avec plein de choses, tu vas avoir plein d’outils gratuits, tu vas kiffer, etc., mais tu donnes un max d’informations sur toi et donc on parle là-dessus de souveraineté des données. Si je veux extrapoler là-dessus, la souveraineté des données, et que je vais te dire, la souveraineté de tes données de santé, moi j’ai un bracelet connecté. T’as un bracelet connecté puisque t’as une Apple Watch. Je ne sais pas si j’ai le droit de dire ça. Moi, ce n’est pas une Apple Watch.

Jérôme Colombain : C’est une Fitbit.

Matthieu Stéfani : C’est une Fitbit, voilà. Et donc, elle prend un certain nombre d’informations cette montre, mon pouls en permanence, le nombre de pas par jour, le sommeil, etc., qui m’intéressent. Y a ça et je peux donner comme autres infos, les moments où je suis allé chez le médecin, le médecin qui va faire d’autres choses, électrocardiogramme, électroencéphalogramme, des tas de choses, etc. Te dire au fait est-ce que ces données, tu les donnerais à Google, à Scale ou à peu importe, tu les donnes à Apple. Ok, Google, ou est-ce que je préfèrerai les avoir dans un wallet, pareil un wallet, un portefeuille qui serait généralement aujourd’hui, on parle de métamasque, puisque c’est le wallet qui est le plus utilisé, ce métamasque et puis qui serait pareil, fractionné à plein d’endroits. Donc, les gens qui ont ça sur leur serveur, finalement ils ne peuvent pas savoir ce que c’est que ce bout de code avec quelque chose, puisqu’ils ont qu’un petit truc et puis voilà. Puis, il faut pouvoir les réunir au même endroit, y a que mon wallet qui a les informations pour les réunir. Tu préfères à un moment avoir ton wallet, ça peut être un legder aussi, il peut être physique d’ailleurs et sur lequel quand t’arrives chez ton médecin, tu vas lui dire, tiens je te mets mon wallet, tu vas avoir comme un peu sur ta voiture, tu vois. Tu vas avoir toutes mes données biométriques et tu ne vas pas vouloir me dire si je suis en forme, qu’est-ce qu’il faut que je fasse de mieux, est-ce que je mange bien, est-ce que j’ai des glucoses qui sont machin, etc. Bon, là tu comprends tout le sens du Web 3, et tu te dis que l’histoire est en marche et qu’il n’y a pas d’autres options. Moi au fait, quand je compose des coups de gueule là-dessus, oui comme dans le Web 2, comme les différentes bulles internet, on est en plein dans une bulle. Y a des tas de choses qui vont exploser, mais ça n’a rien à voir avec le Web 3. Oui, y a une bulle là-dessus parce qu’il y a des gens qui ont spéculé sur des cryptomonnaies qui se sont enrichies de manière hallucinante, qui aujourd’hui dépensent n’importe comment dans des NFT artistiques ou des choses comme ça, qui coûtent beaucoup trop chers. En fait, nous on se dit que ça coûte beaucoup trop cher parce que l’ethereum vaut 3 000 ou 4 000 à un moment, qui redescend à 2 000. Donc là, on se dit que ça a été divisé par 2, mais eux ils s’en foutent, ils l’ont payé 200. Donc quoi qu’il arrive en fait, c’est juste pour toi que ça coûte cher, mais pour eux, ça n’a rien à voir. Ils se sont déjà enrichis.

Jérôme Colombain : Y en a qui l’ont payé très cher aussi, en espérant le revendre encore plus cher.

Matthieu Stéfani : Ils sont arrivés tardivement dans le game. Oui, donc voilà, on est dans une bulle, y a des choses qui ne vont pas marcher, y a des gens qui vont redire dans trois mois, tu vois Matthieu ce que tu disais c’est de la merde, mais en l’occurrence, je leur donne rendez-vous dans dix ans et je suis très persuadé de ce que je te dis.

Jérôme Colombain : Tu y crois dur comme fer.

Matthieu Stéfani : Oui.

Jérôme Colombain : Donc, pour toi, le Web 3, c’est vraiment la reprise de contrôle.

Matthieu Stéfani : Je ne crois pas, je suis sûr.

Jérôme Colombain : C’est la reprise de contrôle sur les GAFAM. C’est vrai que tu prends l’exemple des données de santé qui sont les données parmi les plus sensibles qu’on peut avoir à protéger, et on se dit, oui il a raison, il vaut mieux finalement les confier à une espèce de coffre-fort virtuel qui n’appartient à personne. Donc, ce ne sera pas exploité, etc. Mais est-ce que ce n’est pas un peu utopique tout ça ? Ça fait un peu penser, pardon, mais ça fait un peu penser à déjà l’utopie d’internet au début, qui était de…

Matthieu Stéfani : … qui s’est réalisée en grande partie.

Jérôme Colombain : Enfin bon, non, le grand délire de John Perry Barlow, qui disait l’État, on n’a pas besoin de vous, ne venez pas sur internet, c’est un Nouveau Monde parallèle, l’humain reprend le pouvoir, et regardez où on en est aujourd’hui. On pleure pour que les autorités interviennent, et même pour que l’Union Européenne intervienne pour nous défendre nous pauvres petits individus face au GAFAM.

Matthieu Stéfani : C’est peut-être là la réponse aussi. Et moi, je ne suis pas du tout un anti-gafam. Tu vois, et d’ailleurs, il ne faut mélanger tout le monde, parce que tout à l’heure, je te disais Apple, Apple n’exploite pas tes données. Ils ne vendent pas tes données, ce n’est pas leur modèle économique. Apple te vend des produits.

Jérôme Colombain : Ils en vendent beaucoup moins que les autres. Ils les exploitent commercialement beaucoup moins que les autres.

Matthieu Stéfani : Donc voilà, maintenant, tu vois, je ne suis pas du tout un anti-Google. Moi, je suis très content d’avoir Google, très content d’avoir Gmail, je n’ai pas de problème là-dessus, tu vois ? Maintenant, je dis juste qu’il y a un certain nombre de données sur lesquelles je suis ok de les laisser, y en d’autres je n’ai pas envie. Mes données financières, je n’ai pas envie. Même certaines données de navigation, aujourd’hui, tu vas te mettre en navigation privée pour aller voir un certain nombre de choses et je ne parle pas que du porno, je parle même de plein de choses moi. Moi, je me mets souvent en navigation privée. Tu vois, c’est un des univers dans lequel en fait, et je ne sais même pas ce qui est à récupérer, parce que je suis sur Google Chrome. Est-ce que vraiment t’as une confiance démesurée ?

Jérôme Colombain : Non, on a découvert tardivement que finalement le fait de se mettre en navigation privée sur Google Chrome ne freinait qu’une petite partie des cookies et des machins comme ça, donc au fait voilà.

Matthieu Stéfani : Moi, sur plein de choses, dès que je vais dans des trucs un peu financiers, j’essaie de changer de navigateur, de me mettre sur des navigations privées et d’utiliser un tiers Dashlane, moi je suis sur Dashlane, pour mes données de code, gestionnaire de mots de passe, y a One password, y en a d’autres, pour essayer d’aller faire tout ça. Donc, moi je passe un tiers de ma vie en ligne sur du navigateur privé.

Jérôme Colombain : Oui, t’es beaucoup plus Tech que ce que je croyais finalement.

Matthieu Stéfani : Oui, mais voilà, et donc ces données en revanche, je serais ok de les conserver moi-même et de dire à un tel. Je peux te prendre un autre exemple sans prendre trop de temps ?

Jérôme Colombain : Bien sûr.

Matthieu Stéfani : Tu vois, imagines, si j’ai toutes mes données financières, c’est des projets, sur lesquels on travaille de près ou de loin. Alors, moi je suis entrepreneur, donc j’ai plein de données financières à droite, à gauche. Une boîte comme Finary qui fait ça, mais là de manière centralisée, qui me permettrait d’avoir mon patrimoine en temps réel, que ce soit avec les remboursements de mes prêts à droite, à gauche, le prix de tel bureau parce qu’on l’a acheté y a quelques années. Il me reste tant de choses et puis le prix du mètre carré évoluait. Tout ça, et puis, je pourrais me brancher et puis dire à mon banquier en temps réel, tiens, regarde, moi je vaux ça, parce que c’est ça au fait. Ton banquier, il te rate, il te dit, tu vaux tant et t’as tel âge. En plus, je vais te donner un petit bout de mes données biométriques pour te dire que je suis en forme. Et j’ai besoin de 200 000 euros pour acheter tel appartement. Si j’accepte et que je rentre dans ce triplex et c’est moi qui me suis donné, j’ai cette maîtrise des données, je choisis ce que je lui donne pour qu’il puisse décider en une demi-seconde si oui ou non, il est prêt à me payer. D’ailleurs, il ne décide pas, c’est un algorithme qui va dire oui ou non, je te le prête, tu vois ? Et ça, ce sont des choses intéressantes. En effet, tu te dis si tu n’es pas en bonne santé, là il va falloir des lois pour dire en fait, il faut qu’elles existent actuellement, cadre juridique qui va dire que tu devrais quand même pouvoir prêter de l’argent à certaines personnes qui sont en rémission, qui sont voilà, ça c’est encore autre chose.

Jérôme Colombain : Donc la décentralisation, tu as fait des transactions comme ça pour lesquelles tu as fait appel à des tiers certifiés par blockchain, faire des achats ?

Matthieu Stéfani : J’ai créé des NFT, plusieurs fois. Le premier NFT que j’ai fait, c’était après un épisode avec un invité sur mon deuxième podcast La Martingale sur la finance perso, qui s’appelle John Carp, et j’ai créé un NFT. J’invite vraiment tout le monde à le faire. Je veux dire, pour mieux comprendre ce que je dis, il faut le faire. Y a plein de sceptiques je disais encore à l’instant un post pas haineux, mais des gens où tu sens le Web 3 sceptique, qui dit regardez, les cryptos ont perdu 50%, je vous l’avais dit. Oui, ok, très bien, mais ça ne change rien en fait sur le fond du problème. Le NFT qu’on a créé, c’est un NFT pour donner accès à un petit-déjeuner. On a un peu tripé là-dedans pendant l’épisode.

Jérôme Colombain : Alors le NFT, on l’a beaucoup dit, mais je vais le rappeler vite fait ce que c’est. Si parmi les gens qui nous écoutent, y en a qui ont un peu raté cette définition, c’est donc un jeton non fongible en gros, c’est encore un truc dans la blockchain qui certifie que tu es bien le propriétaire d’un bien, qu’il soit réel ou immatériel.

Matthieu Stéfani : Exactement. Donc, tu pourrais avoir un NFT qui est lié à une montre, une voiture, etc., et puis on va dire je cède…

Jérôme Colombain : Ou une œuvre d’art numérique qui par ailleurs peut être copiée à l’infini.

Matthieu Stéfani : Exactement. Mais en revanche, l’œuvre d’art t’appartient…

Jérôme Colombain : … à l’éventuel titre de propriété. Et après, c’est un peu comme si t’avais le ticket de caisse quoi. Non ? Je suis méchant là.

Matthieu Stéfani : Non, mais en fait, il faut juste considérer que si je te prends La Joconde et une copie exacte de La Joconde, qui a été faite y a 2 ou 300 ans, tu vois, vraiment exacte, et d’ailleurs, je ne sais pas sur La Joconde, mais il me semble qu’il y a de très grands tableaux où on se demande si vraiment, au fait y a un moment où la copie exacte, tu la mets dans ton salon. C’est la même. C’est la même. Mais si ce n’est pas La Joconde, elle ne vaut pas 200 millions d’euros.

Jérôme Colombain : Et en plus, il y a des collectionneurs qui possèdent de vraies œuvres d’art et qui ne les exposent pas.

Matthieu Stéfani : Je vais te prendre un exemple très concret qui date d’aujourd’hui. Ok ? Le jour où on enregistre, il y a eu un tableau de Marilyn par Andy Wahrol, sur fond bleu qui a été vendu 195 000 dollars à New York. Ok ? Ce matin, je vois l’annonce sur l’appli du parisien qui me l’a push là en notif, je devrais virer cette notif mais bon. Et je vais chopper ma fille, Louise, je l’emmène dans sa chambre, je lui dis, tiens, t’as vu, ce tableau-là par Andy Wahrol, elle a 9 ans et demi, il a été vendu 195 millions de dollars. Elle m’a regardé, elle me fait ok, on le vend. Je dis, non, mais en fait celui-là, il ne vaut pas 195 millions de dollars. Elle me dit pourquoi ? Je dis parce que c’est une copie. Elle me dit, mais c’est le même. Je dis non, mais c’est une copie, en fait c’est pareil. En fait, nous on est rentré dans un monde où on s’est habitué au fait que la version originale… mais au fait pourquoi ? Puisque c’est Wahrol qui l’a faite ? Au fait, c’est pareil sur un monde numérique. Moi, je te vends la version originale de ce podcast, tu as tous les droits qui en sont tirés. Je te prends par exemple, sur une musique, c’est assez simple, on va se dire au nombre de stream, si je te rachète une chanson des Beattles, tu vas me dire que t’as des royalties, c’est pareil sur une peinture si je l’envoie au Louvre d’Abu Dhabi, les gens vont venir la voir, parce que c’est la peinture d’Andy Wahrol, qui est là c’est la vraie. Ils viennent, ils se déplacent pour voir la vraie. Ils ne se déplacent pour voir une affiche de la chambre de ma fille. Tu vois ?

Jérôme Colombain : Donc, alors tu parlais du NFT.

Matthieu Stéfani : Oui, donc le NFT, c’était lié à un évènement. C’est un NFT qui est bien un évènement, donc on avait 5 places pour prendre un petit dej au Royal Monceau, qui est un bel endroit pour prendre un petit dej. Je vous le recommande d’ailleurs pour prendre un petit dej avec votre conjoint, inviter votre époux ou votre épouse là-bas un matin. C’est vraiment sympa. Je ne suis pas payé pour dire ça. Et donc, en 5 NFT, avec mon invité John Carp pour parler le petit dej NFT, tu vois ? Et donc, je les mets en vente à 0, donc je dois pour les créer sur la blockchain ethereum parce que j’ai choisi cette blockchain. Donc, je dois acheter des ether et je les vends, donc je les crée. Tu vas dire, je les mint. Minter un NFT, ça veut dire le créer. Il va être créé sur la blockchain, donc il va dire Matthieu Stéfani, ou en tout cas d’ailleurs je ne suis même pas un Matthieu Stéfani, je suis un numéro mon wallet. Je suis un numéro, mon wallet a 5 NFT dans lesquels il y a telle info, et vous êtes invité à tel endroit, etc. Ils sont incopiables, infalsiables, etc.

Jérôme Colombain : Mais là, ce n’est rien d’autre qu’un ticket de participation.

Matthieu Stéfani : Oui, c’est un token. Tout à fait, j’ai un jeton, qui dit je les mint, ça me coûte… et c’est là où c’est assez intéressant à comprendre aussi, ce que t’appelles des gas fee. Les gas fee, y a au fait des algorithmes, enfin des ordinateurs qui travaillent pour enregistrer la transaction. Donc, ils enregistrent la transaction et eux, ils prennent eux-mêmes un petit bout d’ether pour enregistrer le fait que moi j’ai créé ces 5 tokens. Ok ? Ces 5 NFT. Le problème, c’est que l’ether a tellement augmenté que ce gas fee selon les moments de la journée, ça peut me coûter pour créer mes 5 tokens, 300 dollars. Donc, tu dois en fait comprendre que quand, et c’est là où je te dis qu’il faut le tester parce que tu comprends tout ça. Quand tu fais ça alors que les Américains sont éveillés et qu’ils sont beaucoup plus actifs sur la blockchain que le reste du monde, ça coûte plus cher. Quand tu le fais quand ils dorment, ou tu le fais le matin par exemple en Europe, c’est ça, ou en fin de midi, là ils dorment tous, et là t’es plutôt à moitié prix, 170 dollars. Il faut quand même 170 dollars pour créer des tokens virtuels, c’est un peu bizarre. Je l’ai créé, je les vends à 0,05 ether. Donc, ça fait à ce moment-là 250 dollars pour participer à ce petit-déjeuner. Donc chaque personne, je les mets en vente, ils sont vendus en 24h. Et je mets dessus un royalty que j’avais mis à 10%. Tu peux le mettre entre 0 et 40%. Ce qui veut dire qu’à chaque fois qu’ils vont être revendus, je vais toucher 10 % de royalty. Donc, typiquement, sur un auteur, je reviendrais là-dessus, mais c’est très important le royalty. Donc, ils ont été vendus, j’ai vendu les 5, 250$ * 5 = 1 250 $. Et puis, y en a un le lendemain qui a été revendu 0,5 ether donc 10 fois plus cher. Donc 2 500 dollars, et moi je touche mes 10 % de royalties. D’accord ? Puis, un jour, on s’est retrouvé. Bon, après en l’occurrence, on était que 5, donc je n’ai pas eu à vérifier les tokens de tout le monde. Mais sinon, ils étaient que 5, on a fait un petit dej avec des gens qui étaient eux-mêmes tous très… on va dire blockchain enthousiaste. Tu vois ? Et on a fait un truc, ils s’y connaissaient tous mieux que moi. Et puis, derrière, en fait ce token leur donne accès, alors potentiellement là, on a un petit groupe pour être ça, ça pourrait être un Discord à d’autres endroits, ça pourrait être à d’autres évènements. Et à jamais, dans leur wallet, y aura marqué « j’ai participé à cet évènement avec Matthieu Stéfani, John Carp, etc. ». Ça vaut ce que ça vaut, mais c’est rigolo, tu vois ? Si je peux avoir dans mon wallet tous les concerts que j’avais faits quand j’étais jeune, ce serait aussi intéressant de pouvoir avoir ces marques, ces traces. Ça crée ton histoire, ta strip cred, toutes ces choses-là. Je reviens sur les royalties. Tu vois de l’importance dans l’art. Hier, j’ai acheté… tu vois qui est John Hamon ?

Jérôme Colombain : Non.

Matthieu Stéfani : Je sais que tu sais qui est John Hamon, mais tu ne vois pas.

Jérôme Colombain : Oui, ici bien sûr. Si si, dans le portrait placardé dans Paris, partout depuis des années.

Matthieu Stéfani : Depuis 20 ans au moins.

Jérôme Colombain : Pendant des années, on ne savait pas qui était ce visage.

Matthieu Stéfani : Voilà, il placarde John Hamon, tu ne sais pas trop pourquoi. Hier, typiquement, j’ai acheté un portrait de John Hamon, façon minitel, François Mitterand en 81, très pixellisé, avec marqué Président en dessous. Quand je l’ai vu, je me suis dit, je le veux. Et en fait, normalement, y a une option NFT, je leur ai demandé de me dire comment ça se passe, mais typiquement, j’ai payé ça.

Jérôme Colombain : Tu l’as vu où ça ?

Matthieu Stéfani : Je l’ai vu sur internet, sur son site, c’est un Shopify. Voilà, il l’a créé, voilà je l’ai acheté 300 €. J’achète cette œuvre d’art 300 €, c’est la 28e sur 30. Si demain, je la revends 3 000, et qu’il a 10 % de royalty, à jamais sur ce portfolio, pour toute sa vie, et pour ses descendants et pour toujours. Ça me semble assez fer, tu vois ? Je veux dire s’il a mis 20% peu importe. Je veux dire, aujourd’hui, tu as des tas d’artistes qui ont créé des valeurs de ouf et leurs descendants alors, ils touchent un peu…

Jérôme Colombain : Et ça leur échappe ?

Matthieu Stéfani : -Ils touchent un peu parce que… alors, est-ce que les descendants doivent toucher, cela dit, ça, c’est une autre chose, mais eux même de leur vivant, va avoir des œuvres sur lesquelles tu vas avoir un x10, x100, x1000 et sur lesquelles en fait, ils ne toucheraient rien. Est-ce que c’est normal. Je ne suis pas sûr, tu vois ? Je pense même que ça ne l’est pas.

Jérôme Colombain : Non, ça ne l’est pas, très certainement. Et c’est ça, sans toi qui donnes tout son sens au NFT. C’est pour ça que les artistes sont très intéressés par les NFT par ce nouveau dispositif.

Matthieu Stéfani : Tu peux faire plein de choses là-dedans. Tu peux te faire, alors, il y avait avant des précommandes… Tu sais, Kiss kiss bang bang et toutes ces plateformes qui permettaient de faire des crowdfounding. Là, tu peux faire des tas de choses en crowdfounding. Mais sur lesquelles c’est pareil. Ça va être immuable en fait. Tu peux produire, coproduire, suivre, créer des communautés incroyables.

Jérôme Colombain : Ça peut être de l’art visuel, de la musique ….

Matthieu Stéfani : Et en sortant de la centralisation, ce que beaucoup de gens réfutent, n’aiment pas, c’est de te dire en fait, sur tel business, tel concert, telle passion que j’ai, il y’a un acteur central qui prend toute la valeur. Et en fait, tous les autres n’en prennent pas. Je vais te prendre un tout dernier exemple au niveau business, mais typiquement je vais prendre Uber. Uber, c’est centralisé. Est-ce que c’est normal que ça soit centralisé ? Si j’avais une blockchain au milieu qui disait : « on va mieux répartir la valeur » au fait c’est une … on va créer un … alors là c’est un peu plus loin, c’est l’étape d’après … une DAO (Decentralized Autonomous Organization).

Jérôme Colombain : Autre grande dimension du Web3.

Matthieu Stéfani : Exactement, donc une organisation…

Jérôme Colombain : Autre truc très difficile à comprendre pour les non-initiés.

Matthieu Stéfani : Mais pas tant que ça. Si tu prends donc, rien que dans le nom : une organisation autonome décentralisée, Decentralized autonomous Organization. Tu vas dire en fait : « Je vais faire un Uber, mais il n’y a pas Uber dedans ». On va créer une organisation avec des règles qui sont gravées dans le code. Le code est immuable, sauf s’il y a un consensus qui dit : « La majorité des chauffeurs estiment qu’il peut y avoir une répartition qui diverge parce qu’en effet, on comprend que … voilà ». Parce qu’en fait, chez Uber tu as besoin de Marketing, tu as besoin de service client, tu as besoin de sécurité, tu as besoin de valider ou non des chauffeurs qui sont bon/ pas bon. Tu as besoin de créer des tas de règles et ça aujourd’hui, c’est la centralisation qui fait ça.  C’est Uber qui émet les règles, en échange de quoi ils prennent une valeur qui peut-être pas…. Certains considéraient comme : « to much ». Là, la valeur elle sera plus équilibrée.

Jérôme Colombain : Mais là est-ce qu’on n’est pas encore vraiment dans la théorie plus que dans la pratique ? Parce que des DAO, il y en a. Ça existe déjà, mais il y en je crois qui en a déjà des histoires qui sont allées dans le mur parce qu’à un certain moment le développement est freiné. Ils sont obligés de tomber sur des mécanismes beaucoup plus traditionnels.

Matthieu Stéfani : Comme Budotcom en 2001.

Jérôme Colombain : Budotcom qui était la première startup qui s’est écroulée et qui a provoqué ce qu’on appelait la bulle internet. Éclatement de la bulle exactement.

Matthieu Stéfani : Et qui était un marchand en ligne où les gens te disaient : « Mais on ne vendra jamais rien en ligne… vendre des chaussures en ligne, mais tu es malade ou quoi ?... Il faut les essayer tes chaussures ». J’ai déjà commandé des paires de chaussures en ligne depuis un an et je pense que ça fait dix ans que je n’ai pas acheté une paire de chaussures dans une boutique. Je veux dire que c’est pareil. Je ne dis pas que tout va se décentraliser. La centralisation est bien pour certains aspects, pour certaines choses et puis il y a plein de boîtes qui sont très biens, qui donnent de l’emploi, etc… Mais il y a une grosse tendance. Tu prends Malt, sur les freelances qui est une boîte que j’adore. Son cofondateur que j’ai reçu et Vincent Huguet, etc… Mais est-ce qu’il est normal qu’en fait dans un monde de freelances il y a quelqu’un qui recentralise tout ça pour donner des tas d’assurances sur le fait que tu sois bien payé, sur le fait que ta relation te facilite ta vie sur plein de choses, mais fondamentalement ça peut être mis en cause.

Jérôme Colombain : Mais toi, tu es entrepreneur Matthieu Stéfani et tu es « patron » au bon sens du terme... Tu n’as pas peur que tu crées un truc comme ça ? Tout t’échappe au bout d’un moment non ?

Matthieu Stéfani :  Non parce que je pense ceux qui, et je l’ai compris dans certains podcasts et puis à force de tester ces choses-là, mais CosaVostra qui est une agence digitale, en effet aujourd’hui… Moi qu’est-ce que je fais comme métier ? J’ai des employés qui sont payés à un salaire fixe plus un peu de variable, mais ils sont sûrs d’avoir leur salaire par mois qui « joue au milieu », qui prend un risque pour me dire que je dois les vendre plus cher que ce que je les achète. Ça peut paraître un peu comme ça, mais les sociétés de services dans l’absolu c’est ça. Je veux dire : des hôpitaux, des cliniques, voilà j’achète des gens, je ne vends pas des produits, j’achète des gens et je les revends plus cher.

Jérôme Colombain : Il faut faire gaffe même aux mots qu’on emploie, mais bon… je comprends l’idée.

Matthieu Stéfani : Mais non, mais je sais. Mais en fait, il y a des règles. On n’est pas du tout dans un… je fais attention aux mots que j’emploie, mais évidemment je schématise. Je provoque un petit peu. Si je dois aller plus loin. Aujourd’hui, si je crée CosaVostra, je le ferai sous forme de « Decentralized autonomous organization ». Quel serait mon intérêt là-dedans ? L’intérêt il est dire qu’en gros, en fait au début, quand tu aimais, quand tu crées ce genre de chose, tu émets beaucoup de tokens. Tu vas dire : « Je vais créer cette organisation avec 50 millions de tokens. » Et puis, je vais en distribuer la première année, par exemple 5 millions aux gens qui travaillent avec moi. En plus d’avoir des transactions qui se font sur du … alors ça ils appellent : « c’est de l’argent fiat », donc les monnaies réelles : le dollar, l’Euro, etc.… C’est là où tu as de l’intérêt à avoir ce qu’on appelle, j’ai mis du temps à comprendre, mais des cryptos, des stablecoin. Donc c’est une crypto qui est alignée au dollar ou à l’Euro.

Jérôme Colombain : Sur une valeur réelle ?

Matthieu Stéfani : Exactement, valeur réelle.

Jérôme Colombain : Ce qui fait que quand tu as une inflation, quand tu as un cours qui baisse, elle s’écroule avec la monnaie en question ?

Matthieu Stéfani : Oui, tout à fait.

Jérôme Colombain : Ce qui est en train de se passer d’ailleurs avec les Cryptos Ethereum et Bitcoin au moment où on enregistre.

Matthieu Stéfani : Oui, tout à fait. Mais donc du coup quand je vais payer mes freelances ou les personnes en fait, eux même ils vont non seulement gagner de l’argent en contrepartie de leur travail comme un freelance, mais en plus, plus ils travaillent avec l’organisation décentralisée, plus ils vont gagner des tokens. Et ces tokens, au fur et à mesure si cette organisation grossis, ils se valorisent parce que tu peux te dire qu’en fait….

Jérôme Colombain : C’est une forme d’actionnariat ?

Matthieu Stéfani : Oui, c’est une forme d’actionnariat avec souvent ceux qui sont arrivés le plus tôt qui vont... Voilà. Et puis à terme, il faut de temps en temps, selon certains consensus, des règles que tu vas mettre, changer les règles pour faire en sorte que les nouveaux aient intérêt aussi à venir, qu’il n’y ait pas que des pachas qui sont riches, etc… Mais tu as une meilleure distribution de la richesse et pour moi ça peut être vraiment le sens de l’histoire.

Jérôme Colombain : Et un Apple qui se serait créé sous forme de DAO, est-ce que ça aurait pu. Est-ce que ça serait devenu l’Apple d’aujourd’hui par exemple ? Avec un Steeve Jobs qui prend même à une époque qui était à contre-courant, s’est fait lourder, et revenu à refixer un cap.

Matthieu Stéfani : C’est une très bonne question et Henri Ford qui crée aussi des voitures en disant : « si j’avais écouté mes utilisateurs, ils m’auraient dit qu’ils voulaient des carrioles avec plus de chevaux pour aller plus vite ». Et en effet, il y a des visionnaires, mais je pense que tout ça….

Jérôme Colombain : –Parfois un peu dictateurs qui risquent de se… S’ils ne sont pas les seuls maîtres à bord, ils peuvent se faire éjecter.

Matthieu Stéfani : Mais tu peux créer aussi des organisations décentralisées avec des règles assez strictes en fonction avec, tu vois tu pourrais appeler ça : « un golden token » comme les golden share certains… Tu vois que tu sais que par exemple : je crois que Zuckerberg a que 15% de Facebook, mais il a 51% de droit de vote. Tu peux envisager ce genre de chose. En fait, s’il y a un moment, il y a un consensus qui dit : « OK, nous, on est d’accord pour être embarqué dans cette aventure. On suit cette femme/cette homme qui est visionnaire et qu’on a envie de s’embarquer avec elle/il, c’est possible. Je pense qu’on va voir un peu de tout là-dedans. Et c’est aussi ça qui est assez excitant. Il y a un point important aussi, je ne sais pas si tu l’as prévu, c’est l’écologie dans tout ça parce que moi, je vois beaucoup de détracteurs qui me disent c’est n’importe quoi Matthieu, là tu vois je fais un peu de tests sur TikTok, sur plein de choses et du coup…

Jérôme Colombain : À cause du poids environnemental des Cryptomonnaies ?

Matthieu Stéfani : Voilà, des cryptomonaies, de la blockchain, etc… J’ai investi dans une ICO, une introduction, une initial coin offering, un truc très conceptuel qui s’appelle Cardashift, qui a pour objectif de debug the world. Ok, ce n’est pas mal de Français qui ont monté ça et l’objectif c’est de créer. Ils ont enlevé 10 millions en quelques heures en une crypto qui s’appelle Cardano. Cardano, ils ont choisi cette crypto parce qu’elle est plus green que les autres. On l’explique bien dans un épisode que j’ai enregistré avec Fréderic Montagnon que tu connais peut-être, qui est un des plus influents sur les cryptos en France, Arianee notamment. Et qui explique bien que le Bitcoin typiquement est une crypto qui pollue et qui apriori dont le consensus ne va pas changer parce qu’elle est faite d’une manière qui fait que plus elle est utilisée, plus la chaîne d’enregistrement des petites informations dont on parlait tout à l’heure. Deux blocs s’allongent, et plus ils s’allongent puis il y a un besoin d’une puissance de calcul et plus il y a besoin de cette puissance de calcul, plus… voilà. Sur Ethereum c’est un peu vrai, mais là on approche d’une version 2.0 d’Ethereum parce qu’il y a un consensus. Cette blockchain permet de créer des consensus pour faire évoluer Ethereum vers quelque chose sur lequel ça consommera moins parce que quand ça consomme de la puissance de calcul, ça ralentit la blockchain, ce n’est pas bon pour plein de raison. Toutes les cryptos ne sont pas logées à la même enseigne, il y a certains qui ne tournent que sur de l’énergie green basé sur de l’éolien, du solaire ou de l’hydraulique. En l’occurrence, il y a énormément de ….

Jérôme Colombain : Donc, on peut faire de la crypto et de la blockchain propre ?

Matthieu Stéfani : En tout cas, on peut tendre vers ça, après quoi qu’il arrive, en effet, ça consomme de l’électricité. Voilà, l’idée c’est d’être capable de dire : « la puissance de calcul augmente, il faut que je baisse le nombre de calculs à faire et au final ça sera potentiellement vertueux ».

Jérôme Colombain : Merci Matthieu Stéfani

Matthieu Stéfani : Je t’en prie Jérome Colombain

Jérôme Colombain : Donc le Web3 n’est pas une utopie ?

Matthieu Stéfani : Non, pas du tout. Pour valider juste un peu, j’ai une street cred dans tout ça, c’est que j’ai été très tôt un gros défenseur ou promoteur du Web2 : des réseaux sociaux. On a formé des journalistes par centaine, par millier avec ma première boîte Citizenside, chez Radio France, à la FP, chez France télévision. On a formé des politiques, on avait formé le cabinet de Jean Marquero à l’époque qui était premier ministre. On avait, pas mal de choses comme ça. Par la suite, j’étais l’un des tout premiers podcasteurs, on va dire : « deuxième génération » parce qu’il y a eu des podcasteurs qui ont commencé très tôt. Et les vagues, je ne vais pas dire que je les sens toutes et que je ne me trompe jamais, mais d’ailleurs je suis souvent assez finalement tardif, c’est-à-dire que j’y viens. Je ne suis pas dans les tous premiers, mais j’y viens au moment où elles grossissent fort et moi, je pense que celle-ci, elle est en train de grossir fort et qu’il faut vraiment tester, s’y intéresser. Je ne parle pas que d’une opportunité business, je parle d’une vraie opportunité pour améliorer la vie des gens, améliorer internet, améliorer la gouvernance, améliorer plein de choses. Il y aura des mauvais côtés, il y aura des effets de bord, mais il y aura plein, plein de bons coté, je pense que ça serait beaucoup plus vertueux que les précédentes versions du web.

Jérôme Colombain : Rendez-vous dans dix ans pour voir ça, ou peut –être avant espérons-le. En tout cas, merci beaucoup Matthieu pour ce décryptage limpide et en même temps très approfondi. Merci encore de m’avoir reçu et d’avoir été mon invité dans Monde Numérique.

Matthieu Stéfani : Mille mercis Jérôme, et puis n’oubliez pas un truc important, et je ne dis pas ça que pour Jérôme, partagez cet épisode autour de vous parce que c’est comme ça qu’on gagne des auditeurs, en fait quand vous avez des gens autour de vous qui n’ont rien compris au Web3. Partagez-les cette épisode, dites-leur de s’abonner, c’est le premier épisode abonnez-vous. C’est comme ça que j’ai gagné mes auditeurs avec les dons comme je dis souvent un par un. Abonnez-vous, n’oubliez pas de partager à une personne à chaque fois et vous verrez en fait, vous aiderez Jérôme grandement parce que même si c’est un très grand journaliste, c’est un podcasteur débutant presque encore et …

Jérôme Colombain : J’ai été là il y a très longtemps aussi. On ne va pas en parler, c’est trop vieux.

Matthieu Stéfani : C’est des moments très importants dans l’entreprenariat et nous on soutient, moi je soutiens très fort Jérôme dans sa démarche après l’avoir écouté pendant des années sur les ondes radio.

Jérôme Colombain : Super Matthieu, c’est adorable. C’était parfait.

Matthieu Stéfani : Salut.

 

 

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Matthieu Stefani

Entrepreneur (fondateur de Cosa Vostra, Orso Media, etc.) et podcasteur (Generation Do It Yourself, La Martingale)