Feb. 8, 2022

La tech française face au piège du metavers (chronique)

La tech française face au piège du metavers (chronique)

Les Français ne semblent pas emballés par les projets de metavers. Mais en ratant le coche de cette prochaine révolution technologique, la France risque de prendre à nouveau un terrible retard. Un vrai piège.


Alors que les géants américains et asiatiques foncent tête baissée vers le metavers, les Français ne sont pas très chaud pour les univers virtuels. Ils en voient surtout les dérives possibles : addiction, haine, harcèlement, surconsommation énergétique, etc. Le metavers est l'inverse de la sobriété numérique et nous entraine vers une ultra-numérisation du monde. Pour autant, faut-il prendre le risque de rater cette nouvelle révolution technologique, au risque d'accuser un terrible retard dans le futur ?

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Transcript

Le metavers est-il un piège ? Un piège pour la tech française. C’est la question que j’ai envie de poser dans petit bonus de Monde Numérique.

Le metavers, on en parle beaucoup, c’est vrai, mais ce n’est pas pour rien. Si ce n’est pas encore vraiment une réalité tangible, cela pose néanmoins déjà de nombreuses questions.

Déjà, le metavers (meta univers) qu’est-ce que c’est ? C’est un concept encore assez flou dans lequel on met beaucoup de choses. Si l’on veut être lyrique, on pourrait parler de convergence entre le réel et le virtuel. Plus concrètement, on peut répéter ce que l’on a déjà dit, à savoir qu’il s’agit d’un un concept de monde virtuel persistant en réalité virtuelle et même, dans le futur, en réalité augmentée. Avec des casques immersifs ou de simples lunettes connectées, vous pourrez, un jour, voir vos amis au milieu de votre salon, même s’ils se trouvent à des milliers de kilomètres.

Pour Mark Zuckerberg et tous ceux qui se lancent dans l’aventure, le metavers est le futur d’Internet. Après l’Internet à l’ancienne sur ordinateur, après l’Internet mobile que nous connaissons aujourd’hui, il s’agira d’un nouvel internet encore plus immersif, encore plus présent dans nos vies, pour jouer, communiquer, travailler ou faire du commerce.

Bon, pour l’instant, ce qui se profile, c’est surtout comme le futur de l’Internet marchand. Ceux qui en parlent le plus sont les « marchands de metavers », de terrains et de biens virtuels, comme les Sandbox, Decentraland et autres Roblox, sans compter les nombreuses agences medias qui ont entamé une grosse opération séduction auprès des entreprises. Et ça marche ! Nike, Carrefour, Vuitton, Ferrari, Burburry sont en train des dépenser des centaines de milliers d’euros pour prendre leur place dans les ébauches actuelles de metavers.

Tout cela va encore évoluer et, qu’on le veuille ou non, il va en sortir quelque chose. Facebook a décidé d’investir 10 milliards de dollars dans l’aventure. Microsoft se renforce dans le jeu vidéo avec le metavers en ligne de mire. Sans parler des projets chinois ou coréens… Le metavers va devenir réalité. D’ailleurs, il n’y aura pas un metavers mais des metavers.

Cependant, en France, apparemment, cela n’enchante pas grand monde. Trois Français sur quatre se disent méfiants à l’égard des metavers, dont ils voient surtout les mauvais côtés prévisibles : l’addiction, le cyber-harcèlement et la haine puissance 10, la surconsommation énergétique et le poids environnemental sans oublier la mainmise annoncée des géants étrangers, surtout américains. Pour créer les métavers, il va falloir encore plus d’ordinateurs, d’accessoires connectés, de réseaux, de fibre, de 5G, de datas centers. Le metavers, c’est l’inverse de la sobriété numérique. La chercheuse Laurence Devillers, par exemple, tire la sonnette d’alarme et en appelle aux candidats à la présidentielle (Monde Numérique #34).

Le problème, c’est qu’en freinant des quatre fers, la France risque surtout à nouveau surtout de se marginaliser et de rater cette prochaine révolution technologique. Donc, soit, on saute dans le train et on mobilise les ressources disponibles, notamment en réalité virtuelle et en jeu vidéo, pour être dans la course dès le début ; soit, on tourne le dos au metavers pour des raisons de principe tout à fait légitimes, mais on risque alors de rater le coche pour des décennies. Voilà pourquoi le metavers est un véritable piège dont il ne sera pas facile d’en sortir.