🔎 La France accro à l’IA… sans vraiment l'assumer (Zoom Tech)
Maison Connectée12 février 202605:43

🔎 La France accro à l’IA… sans vraiment l'assumer (Zoom Tech)

Près d’un Français sur deux utilise désormais l’intelligence artificielle, selon le dernier baromètre des usages numériques du gouvernement. Un engouement spectaculaire qui s’accompagne pourtant d’une méfiance persistante et d’un étrange paradoxe social.

Une adoption plus rapide qu’Internet

L’intelligence artificielle s’installe rapidement dans le quotidien des Français. D’après le baromètre annuel des usages numériques présenté par le gouvernement, 48 % des Français ont utilisé un outil d’IA en 2025, contre à peine 20 % en 2023. Une progression fulgurante, plus rapide que celle d’Internet ou du smartphone à leurs débuts, comme l’a souligné la ministre déléguée à l’IA et au numérique.

Une génération déjà convertie

L’usage de l’IA varie fortement selon les générations. Les 18-24 ans affichent des taux d’utilisation compris entre 60 % et 77 %, tandis que les seniors restent à la traîne, avec seulement 15 % d’utilisateurs. Les cadres et professions intellectuelles supérieures figurent parmi les plus gros utilisateurs.

Côté usages, l’IA générative sert avant tout à produire ou améliorer du contenu : rédaction et traduction de textes, recherche d’idées, génération de code. Pour la recherche d’informations, les moteurs traditionnels restent dominants (59 % des usages), loin devant les outils d’IA (28 %), dont la fiabilité demeure sujette à caution en raison des risques d’erreurs ou d’« hallucinations ».

Parmi les plateformes les plus utilisées, ChatGPT écrase la concurrence avec huit utilisateurs sur dix. Derrière lui, Gemini de Google et Le Chat de Mistral complètent le podium.

La France dans le top 5 mondial

À l’échelle internationale, la France se positionne dans le top 5 mondial pour l’adoption grand public de l’IA générative, derrière les Émirats arabes unis, Singapour, la Norvège et l’Irlande, selon un classement établi par Microsoft. Surprise : les États-Unis n’arrivent qu’en 24e position.

Malgré cet enthousiasme, plus de la moitié des utilisateurs restent méfiants. Les inquiétudes portent sur la protection des données personnelles, la fiabilité des réponses, mais aussi sur les impacts sociétaux : emploi, déshumanisation, empreinte environnementale.

Le paradoxe de “l’IA honteuse”

Si l’IA séduit, son usage n’est pas toujours assumé. Selon une analyse relayée par la journaliste Emily Turrettini, utiliser l’IA pour rédiger des contenus peut nuire à la crédibilité perçue. Les auteurs seraient jugés moins intelligents, moins originaux, voire moins dignes d’intérêt.

Dans les médias, la transparence sur l’usage de l’IA devient une exigence. Mais cette transparence alimente parfois la défiance des lecteurs, qui traquent les indices stylistiques associés aux chatbots : formules stéréotypées, plans en trois parties, conclusions très structurées, ou encore usage abondant du tiret long, devenu symbole de “l’écriture IA”. Ironie de l’histoire : les imperfections humaines, fautes comprises, seraient désormais perçues comme un gage d’authenticité. Résultat, beaucoup pratiquent le “shadow AI”, utilisant ces outils au travail sans le dire.


[0:01] Les Français aiment l'IA, visiblement. C'est ce qui ressort en tout cas du baromètre annuel des usages numériques présenté en début de semaine par le gouvernement. [0:09] Selon ce baromètre, en 2025, près d'un Français sur deux, 48% a eu recours à des outils d'intelligence artificielle. En 2023, il y a deux ans, c'était deux fois moins, à peine 20%. Une adoption plus rapide que celle d'Internet ou du smartphone, a rappelé la ministre déléguée à l'IA et au numérique Anne Lehenan. Alors, cela dit, tout le monde n'adopte pas l'intelligence artificielle de la même manière. Majoritairement, ce sont les jeunes qui s'en emparent avec des taux d'utilisation qui dépassent les 60-77% chez les 18-24 ans. Les seniors, en revanche, restent très en retrait, avec à peine 15% d'utilisation. Tandis que d'un point de vue socio-professionnel, l'usage domine chez les cadres et professions intellectuelles supérieures, peut-être plus chez les hommes que chez les femmes pour certains usages. [0:58] Si on rentre un peu plus dans le détail, toujours selon cette étude, à quoi sert l'IA générative ? En priorité, à créer du contenu, ou en tout cas à améliorer du contenu. Rédaction de texte, traduction de texte, recherche d'idées également, et création de code pour les développeurs, pour les professionnels. Pour la recherche d'informations, l'IA ne détrône pas encore les moteurs de recherche, qui continuent d'accaparer 59% des usages, l'intelligence artificielle n'étant utilisée que par 28%, ce qui n'est pas forcément une mauvaise nouvelle puisque l'on sait que les chatbots d'IA sont à utiliser avec des pincettes pour rechercher de l'information en raison des risques d'hallucination. En tout cas, près des deux tiers des utilisateurs utilisent un outil d'intelligence artificielle au moins une fois par semaine pour aller plus vite, disent-ils, et puis pour faire les choses plus facilement. Les outils les plus utilisés C'est en tête ChatGPT qui domine outrageusement les usages, et oui, prime au premier arrivé. 8 utilisateurs sur 10 le privilégient. Les autres outils arrivent derrière, à noter que le français Le Chat de Mistral ne s'en tire pas trop mal puisqu'il [2:05] est en troisième position, mais loin derrière ChatGPT et Gemini de Google. Alors si on compare un peu ce baromètre très instructif avec ce qui se passe à l'étranger, même si les données ne sont pas forcément exactement les mêmes, et s'il faut revenir un peu en arrière, on constate que la France serait ainsi dans le top 5 mondial pour l'adoption de l'IA générative par le grand public. [2:27] Derrière les Émirats Arabes Unis, Singapour, la Norvège et l'Irlande, selon un classement établi par Microsoft. Une surprise, les Etats-Unis n'arriveraient que 24e de ce classement, avec à peine 28,3% des adultes qui utilisent l'intelligence artificielle régulièrement. Cela dit, et ça c'est bien français sans doute, plus de la moitié des utilisateurs se disent encore méfiants face à l'IA. Malgré une progression de la confiance par rapport aux années précédentes, les principales inquiétudes concernent la question des données personnelles ou la fiabilité des réponses. Mais également les inquiétudes sociétales, c'est-à-dire l'impact sur l'emploi, la déshumanisation ou encore le poids environnemental de l'intelligence artificielle, en tout cas pour un quart de la population. [3:16] Cependant, cet enthousiasme pour l'IA, et on s'en félicitera, cache aussi un revers inattendu, qui lui n'est pas mis en avant par l'étude du gouvernement, mais qui est souligné cette semaine par la journaliste Émilie Turtini dans un article sur LinkedIn. L'IA ne serait pas forcément bien vue dans son utilisation au quotidien et elle [3:37] aurait même un effet repoussoir dans certains cas. Les personnes qui utilisent de l'IA pour rédiger des contenus seraient perçues comme manquant d'intelligence, d'originalité, de crédibilité et ça ne vaudrait même pas la peine qu'on leur réponde. En ce qui concerne les médias, le fait d'avouer qu'on a utilisé de l'intelligence artificielle, même partiellement pour écrire des articles, serait aujourd'hui considéré comme une exigence absolue, les médias doivent le dire, mais paradoxalement cela provoquerait de la défiance. Les lecteurs s'en détournent et n'apprécient pas. [4:09] Lesquels lecteurs se mettent, paraît-il, à rechercher partout des traces d'intelligence artificielle dans les écrits. Et oui, on sait que ChatGPT et qu'on sort raffolent de certaines formules, comme par exemple « ce n'est pas seulement ceci, c'est aussi cela », ou encore les listes en trois points, les petites conclusions bien propres, ainsi que l'incontournable tiret quadratin, ce long tiret qui ne correspond à aucune touche de clavier, qui s'obtient uniquement par une combinaison de touches, et qui est surnommé aujourd'hui le tiret IA, parce que les chatbots l'utilisent abondamment. A l'inverse, les écrits non-IA revêtiraient alors une plus grande valeur, comme s'ils étaient garantis, faits par un humain. Et oui, c'est l'ironie de l'histoire. Selon une professeure de l'Université du Michigan, Nicole Ellison, citée par Time Magazine, les fautes qui autrefois faisaient fuir parce qu'elles étaient perçues comme un signe de manque d'éducation ou de manque d'effort, aujourd'hui, ça montre au contraire que quelqu'un a pris le temps de vous écrire lui-même, et cela aurait ainsi plus de valeur. [5:08] Voilà donc peut-être pourquoi beaucoup ont encore aujourd'hui l'IA honteuse. C'est le shadow AI, le fait de pratiquer et d'utiliser l'intelligence artificielle, notamment au travail, sans le dire aux autres. Mais c'est aussi une espèce de pudeur assez mystérieuse. Bref, un sacré paradoxe. On adore l'IA au quotidien, mais on n'est pas encore prêts, visiblement, à lui laisser remplacer les humains pour la communication entre humains.
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