🎤 Interview - Sécurité anti-drone : un détecteur basé sur le son et l'IA (Louis Saillans, Askalon Industries)
Monde Numérique25 décembre 202526:56

🎤 Interview - Sécurité anti-drone : un détecteur basé sur le son et l'IA (Louis Saillans, Askalon Industries)

Ancien commando marine, Louis Saillans a fondé Askalon Industries pour répondre à un enjeu devenu central : la détection des drones. Sa start-up mise sur l’acoustique et l’intelligence artificielle pour proposer une solution passive, discrète et abordable, pensée avant tout pour les usages civils.

Interview : Louis Saillans, cofondateur d’Askalon Industries

En quoi consiste votre système anti-drone ?

L'équipement que nous avons mis au point repose sur l’acoustique. C'est une technologie ancienne mais qui redevient extrêmement pertinente grâce aux progrès de l’intelligence artificielle. Avec des capteurs acoustiques couplés à des modèles d’IA entraînés en interne chez Askalon Industries, on est capable de détecter tous les drones, quel que soit leur type ou leur mode de guidage. L'équipement que nous avons mis au point embarque sa propre IA et fonctionne de manière autonome, parfois même sans aucune transmission de données, ce qui est essentiel pour des sites sensibles comme les centrales nucléaires.

A qui s'adresse cette solution ?

Cette approche intéresse des aéroports, des stades, des prisons, des raffineries, des data centers ou encore des sites industriels critiques. L’objectif n’est pas de surveiller, mais de garantir qu’aucun drone ne pénètre dans une zone sans que l’exploitant n’en soit informé, à la manière d’un système de vidéosurveillance, mais sans caméra. Les drones actuels volent lentement, souvent bien en dessous de la vitesse de propagation du son. Résultat : on peut les entendre avant qu’ils n’atteignent une zone sensible. Contrairement aux avions, ils émettent du bruit en permanence.

Votre solution permet-elle d'intercepter des drones ?

Non. Intercepter un drone, c’est entrer dans le monde des systèmes d’armes, avec toute la réglementation qui va avec. Ce n’est pas notre positionnement. Dans le civil, faire tomber un drone au-dessus d’un stade ou d’un centre-ville crée un risque de dégâts collatéraux évident. Nous faisons le choix de fournir une information fiable et certaine, pour permettre aux exploitants de prendre les bonnes décisions : interruption d’un trafic aérien, sécurisation d’un site, alerte des autorités compétentes. C’est une logique de prévention, pas de destruction.

Comment passe-t-on des forces spéciales à l'entreprenariat ?

Dans les unités des forces spéciales, on est en permanence dans l’innovation. On teste du matériel, on le pousse dans ses retranchements, on prototype et on fait des retours extrêmement exigeants aux industriels. Cette culture du test en conditions réelles et du “ça doit fonctionner quoi qu’il arrive” m’a beaucoup marqué. L’entrepreneuriat est une continuité naturelle de cet état d’esprit. La différence, c’est que dans une start-up, le stress est moins violent qu’en opération, mais il est quotidien, avec des décisions à prendre tous les jours.

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Louis Saillans: [0:01] C'est que le drone fuit entre guillemets du son c'est à dire il émet du son tout le temps même s'il vole lentement il émet du son donc il y a un moment ou un autre on va l'attraper en acoustique et à ce moment là on pourra dire on sait qu'il y a un drone quel que soit le système de guidage quel que soit son type d'évolution quand on revient un peu à l'espèce primitive que nous étions de chasseurs-cueilleurs en fait il se trouve que quand on détecte un danger ou une proie en fait notre premier système de détection c'est l'acoustique. Monde Numérique : [0:37] Bonjour Louis Saillans. Louis Saillans: [0:38] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [0:39] Je suis ravi de vous recevoir dans Monde Numérique. Vous avez un profil peu banal, puisque vous êtes ex-commando de marine. Vous avez opéré dans les forces spéciales au sein des commandos d'élite français. Mais ce n'est pas pour ça que je vous reçois, parce que sinon, je pense que l'émission tournerait court assez rapidement. C'est pour nous parler de votre start-up qui s'appelle Askalon Industries et qui a mis au point une technologie anti-drone à base d'intelligence artificielle, de capteurs acoustiques, etc. On sait que les drones, c'est devenu un élément majeur de la guerre moderne. On a bien compris maintenant qu'il fallait en avoir et il fallait aussi pouvoir s'en protéger. Donc, en quoi consiste votre système ? Louis Saillans: [1:23] En fait, c'est un système qui est basé sur des réseaux de senseurs qui écoutent en permanence l'environnement et qui sont capables de dire, grâce à un ensemble de filtres et à une IA, de manière extrêmement fine, s'il y a des drones dans l'environnement ou pas. L'avantage de ça, c'est qu'en fait, c'est des senseurs qui sont déployables à grande échelle, puisqu'ils ont un coût en comparaison des systèmes un peu équivalents, c'est-à-dire on voit beaucoup de radars, de détecteurs radiofréquences. Ça, c'est des systèmes qui coûtent relativement cher. Tandis que nous, en fait, on a des coûts qui sont beaucoup plus abordables. Donc, l'idée, c'est de pouvoir offrir un peu ces services-là à toutes sortes d'industries qui auraient besoin. Mais aussi avec une capacité de détection beaucoup plus forte, puisque comme c'est un réseau de capteurs déployés, on peut déployer les capteurs n'importe où, surtout dans les endroits où il y a un vrai besoin. Donc, par exemple, là, on parle avec des aéroports. Eux, leur gros enjeu, c'est sur les bouts de pistes, puisque c'est là où les avions atterrissent et décollent à basse vitesse et donc sont peu manœuvrants. Donc, voilà, la présence d'un drone pourrait être critique pour le décollage ou l'atterrissage. Donc, ils ont besoin d'avoir les oreilles, j'ai envie de dire, à cet endroit-là, pour avoir une très forte certitude de savoir qu'il n'y a pas de drone et que le trafic peut se passer sereinement. Monde Numérique : [2:48] Oui, c'est ça. Vraiment, ce sont des oreilles qui écoutent tous les bruits et qui, grâce à l'IA, arrivent à dire ce bruit-là, au loin, en fait, c'est un drone. Louis Saillans: [2:57] Oui, alors, c'est ça qui est drôle. C'est que l'acoustique, souvent, quand on le présente, les gens prennent ça comme une technologie un peu old school, ce qui est un peu le cas parce que c'est une vieille technologie l'acoustique mais la réalité c'est que aujourd'hui avec les outils qu'on a on peut faire des choses absolument incroyables et alors il se trouve que pour l'histoire du projet les premiers à avoir utilisé l'acoustique dans la guerre de manière un peu célèbre c'est les c'est les sentinelles qui étaient sur londres sur les immeubles à londres en 1942 et, et qui écoutaient avec des dispositifs acoustiques, des espèces de tromblons acoustiques, ils écoutaient les bombardiers qui arrivaient et ça leur permettait d'anticiper un peu, de prévenir les gens et de sonner l'alerte. Et donc, il se trouve que peu de monde... Monde Numérique : [3:42] Et puis, on sait que c'est ce qui se passe aussi dans les sous-marins. Louis Saillans: [3:45] C'est exactement. Alors, les sous-marins, c'est un domaine dans lequel ils n'ont jamais décroché de l'acoustique puisque c'est un des seuls moyens de navigation qu'ils ont et de détection. Mais pour revenir à l'exemple historique, en fait, l'acoustique est tombée un peu en désuétude, on va dire, avec l'émergence d'autres technologies comme le radar, notamment, mais le problème de l'acoustique, c'est que c'est une donnée qui voyage très lentement, paradoxalement, par rapport à d'autres ondes, donc le son, c'est environ 300 mètres secondes, tandis que la lumière, c'est beaucoup plus rapide, et en fait, ce qui est intéressant, c'est que on a complètement décroché de l'acoustique dans la guerre aérienne, à partir du moment où les avions ont commencé à aller très vite. Parce que comme ils allaient très vite, ils allaient à des vitesses qui étaient supérieures à 1000 km heure. En fait, une fois qu'ils étaient... Vous savez, c'est le syndrome du jardin, de l'avion dans le jardin. C'est-à-dire qu'on l'entend, mais il est déjà passé. Louis Saillans: [4:43] On sort dans le jardin on regarde le bruit qu'on a entendu et en fait le ciel est clair il n'y a pas d'avion il est déjà passé c'est déjà fini donc ce qui fait que l'acoustique est tombée complètement en déçu pour la détection d'objets aériens et c'est revenu quand on a eu ces nouveaux drones qui finalement ne volent pas à 1000 km heure mais plutôt à 200, 300 voire 100 km heure voire 50 km heure qui sont assez lents paradoxalement parlant, et à ce moment là ils arrivent vers des seuils de vitesse qui sont en dessous de la vitesse de propagation du son et donc Donc, on peut les entendre avant qu'ils n'arrivent. Et donc, c'est là où ça redevient intéressant et pertinent. Monde Numérique : [5:16] Donc, en fait, votre système, il peut détecter des drones à quelle distance ? Combien de temps avant qu'ils arrivent ? Louis Saillans: [5:21] Alors, on peut détecter jusqu'à plusieurs kilomètres en fonction de la taille du drone. Les très gros drones, c'est plusieurs kilomètres. Après, ça descend à plusieurs centaines de mètres. Ça dépend vraiment de la taille du drone, de la typologie de drone. Et ça dépend aussi de la météo. Donc, l'acoustique n'a pas beaucoup de défauts. Ça consomme peu, c'est un système basse résolution qu'on peut déployer très facilement et qui offre d'excellentes garanties de détection. Son seul talent d'Achille, c'est que c'est dépendant de la météo souvent. Quand il pleut, quand il y a beaucoup de vent, ça ne marche pas très bien. Mais il se trouve que nous, dans notre cas d'usage, ça tombe bien puisque les drones n'aiment pas voler quand il pleut et quand il y a du vent. Monde Numérique : [5:58] Oui, d'accord. Donc, c'est une sorte de protection naturelle. Louis Saillans: [6:01] Un peu, oui. Monde Numérique : [6:02] Donc, vous l'avez dit, plusieurs kilomètres, c'est ça ? Voire plusieurs, enfin, éventuellement plusieurs centaines de mètres. Si on ramène ça à la vitesse d'un drone, ça peut faire combien de temps à l'avance, en fait ? Louis Saillans: [6:13] En fait, pas beaucoup. Parce que l'enjeu, ce n'est pas tant de prévenir beaucoup avant, mais c'est d'offrir la certitude de la détection. C'est-à-dire que la certitude qu'on offre, c'est de dire, dans cette zone donnée, on vous garantit que si un drone rentre, À partir du moment où il s'approche ou qu'il est rentré, vous aurez l'information de manière certaine. C'est ça la garantie. Quelle que soit la configuration des lieux, ça peut être une raffinerie de pétrole, ça peut être un stade qui accueille du public à ciel ouvert, ça peut être un aéroport, ça peut être une prison. Tous les gens que je cite là, typiquement, c'est des clients qui s'intéressent à notre projet. Et en fait, les environnements sont très différents. En fonction de l'environnement, le son se propage différemment. Et donc, en fonction de ça, on va avoir un dispositif qui va changer. Mais au final, ce que le client veut, ce que les utilisateurs veulent, c'est avoir simplement la garantie qu'il puisse prendre des mesures au moment où il y a un drone. Et donc, ça va être des mesures conservatoires, mettre les gens à l'abri, détourner des avions si c'est un aéroport, appeler la police, etc. Monde Numérique : [7:20] Est-ce qu'il peut dire où se trouve le drone ? Louis Saillans: [7:22] On peut dire où se trouve le drone puisqu'on a une série de capteurs et donc les capteurs vont capter le son de manière plus ou moins forte et donc par rapport à ça, on va avoir une position qui n'est pas une position métrique, c'est-à-dire qu'on n'est pas très précis, on ne peut pas dire au mètre près ou au centimètre près, mais on peut donner un secteur de manière garantie, sachant que comme notre système est surtout un système d'usage civil, Donc, ce n'est pas un système d'usage militaire, contrairement à ce qu'on pourrait croire. Louis Saillans: [7:51] En fait, dans le civil, ce qui nous intéresse, c'est surtout avoir le secteur. Alors que dans l'usage militaire, souvent, ça fait partie d'un ensemble de systèmes pour faire de la destruction de drones, de la localisation du suivi et de la destruction. Et donc là, ils veulent des systèmes beaucoup plus précis. Et nous, pour l'instant, on ne fait pas ça. Monde Numérique : [8:08] D'accord, OK. Donc, c'est vraiment que de la détection. Il n'y a pas de possibilité d'intervention. Louis Saillans: [8:18] À ce stade ça ne fait pas partie de la proposition tout simplement parce qu'il y a en fait intercepter c'est rentrer dans un autre monde c'est rentrer dans un monde où on est quand vous vendez des intercepteurs pour des drones en fait vous êtes vendeur d'armes vous avez toute la réglementation, qui s'y applique et nous on ne veut pas rentrer là dedans parce qu'on pense, nous on adresse un marché essentiellement civil et dans le marché civil on pense que malheureusement ce n'est pas demain la veille qu'on va commencer à battre des drones au dessus de Paris, ou au-dessus des stades, parce que ça représente un danger secondaire qui est le dégât collatéral. D'avoir des drones qui tombent du ciel comme ça, ce n'est pas forcément une bonne chose. Donc, je n'ai pas la solution, mais je sais que ça, en tout cas, c'est une solution qui n'est pas encore abordée par les clients et lesquels on parle. Monde Numérique : [9:04] Ça peut détecter n'importe quel type de drone parce qu'il y a de tout, en fait. On sait qu'aujourd'hui, les drones relativement gros qui peuvent être utilisés sur les terrains d'opération, ce ne sont pas les mêmes que les petits DJI qu'on peut acheter sur Amazon ? Louis Saillans: [9:18] Tous les drones font du bruit. C'est une constante. Il n'y a aucun drone qui ne fait pas de bruit. Et ça, c'est un peu... Il y a une espèce de barrière physique qui empêche les drones de ne pas faire de bruit. C'est une histoire de géométrie de pales. C'est une histoire de cavitation du son, enfin de l'air, pardon, autour des pales qui fait du son. Et ça, malheureusement, enfin en tout cas, heureusement pour nous, pour l'instant, personne n'arrive à faire des drones tout à fait silencieux qui puissent manœuvrer. C'est-à-dire qu'ils puissent accélérer, ralentir, tourner, etc. Et donc, aujourd'hui, on a des capacités sur tous les drones quel que soit le type de guidage et c'est là où cette technologie est intéressante parce qu'aujourd'hui beaucoup de systèmes de détection de drones ont du mal à détecter les drones parce que souvent ils font soit de la détection de radiofréquence soit de la détection radar, soit de la détection optique et chacun de ces systèmes a un peu un défaut dans la cuirasse. Donc on fait du radar, si le drone passe derrière un mur on ne le verra plus, en optique c'est pareil il passe derrière le mur on ne le verra plus et puis ça dépend beaucoup de la météo aussi En radiofréquence, c'est toujours un peu compliqué de trouver la bonne fréquence. Certains sont dénués de fréquence. Tout est très compliqué. Louis Saillans: [10:24] Mais l'avantage, c'est que le drone « fuit » du son. C'est-à-dire qu'il émet du son tout le temps, quoi qu'il advienne. Même s'il vole lentement, il émet du son. Donc, il y a un moment ou un autre, on va l'attraper en acoustique. À ce moment-là, on pourra dire. On sait qu'il y a un drone, quel que soit le système de guidage, quel que soit son type d'évolution, même s'il vole bas pour éviter les radars, justement, derrière les bâtiments. Un drone qui vole derrière un bâtiment, on l'entend et paradoxalement nous les êtres humains. Louis Saillans: [10:52] Quand on revient un peu à l'espèce primitive que nous étions de chasseurs-cueilleurs en fait il se trouve que quand on détecte un danger ou une proie en fait notre premier système de détection c'est l'acoustique, C'est lui qui va nous prévenir qu'il se passe quelque chose et qui va nous orienter. Pour une raison simple, c'est que l'optique, ça marche très très bien chez les êtres humains, sauf que ça marche très bien sur quelques degrés de vision, celles qu'on utilise typiquement quand on parle à quelqu'un. En fait, il y a une surface qui est très très faible, finalement, de vision précise, une surface beaucoup plus large, donc la vision latérale qui détecte les mouvements. Et enfin, si vous voulez voir, entre guillemets, à 360, vous ne pouvez plus Louis Saillans: [11:33] vous reposer seulement sur l'optique, vous devez vous reposer sur l'acoustique. Et c'est l'acoustique, c'est vos oreilles qui vont orienter vos yeux. Monde Numérique : [11:41] Alors, je l'ai dit, vous avez donc un parcours qui n'était pas du tout prédestiné à faire ce genre de choses, j'imagine. Comment est-ce qu'on passe de commando de marine à entrepreneur, à innovateur ? Comment l'idée vous est venue et comment ça se passe ? Louis Saillans: [11:56] En fait, moi, j'étais dans des unités dans lesquelles on faisait beaucoup d'innovation. C'est-à-dire qu'on a toujours... Moi, je fais partie de petites unités qui étaient très débrouillables. On n'avait pas toujours beaucoup de support. il fallait qu'on parte parfois très vite dans des endroits très isolés et quand vous partez vite dans un endroit isolé souvent vous vous retrouvez dénué de certains moyens alors ça peut être des éléments élémentaires, des moyens pour faire la cuisine, des moyens pour transmettre des informations, etc. Et donc on a toujours été excellent dans le système D, le fameux système D, à se débrouiller, à fabriquer à prototyper, à tester et puis ça c'est le premier point et le deuxième c'est que les gens ne savent pas trop mais quand l'industrie de défense innove, quand il y a des innovations, en fait ils le font tester à certaines unités dans l'armée parmi lesquelles les opérateurs des opérations spéciales et donc moi toutes les semaines, de ma carrière dans les opérations spéciales toutes les semaines on avait du nouveau matériel qui arrivait qui était là en test, on faisait des comptes rendus pour dire voilà la nouvelle lunette de vision nocturne, ce qu'on en pense le nouveau brancard, le nouveau véhicule etc. Et on avait un dialogue comme ça avec le centre d'innovation donc j'ai toujours été baigné un peu dans un esprit d'innovation, de challenge aussi et puis du coup l'entrepreneuriat s'est un peu présenté à moi de manière naturelle dans la continuité un peu de cet esprit de challenge de vouloir tester des choses et de pousser les choses et voir... Vous étiez. Monde Numérique : [13:23] Comme un journaliste tautique ou un youtubeur qui teste des téléphones mais vous c'était des trucs pour faire la guerre. Louis Saillans: [13:28] Oui c'était très marrant parce que je me souviens très bien j'en parlais récemment avec des amis, on était très dur avec le matériel moi je me rappelle très bien de matériel qu'on nous avait donné un industriel était venu nous présenter un matériel dans une petite valise qui est rentrée dans une on peut. Monde Numérique : [13:43] Dire ce que c'est ou pas ? Louis Saillans: [13:47] Je ne me souviens même plus du contenu. Parce qu'on testait beaucoup de matériel. Je crois que c'était un système de transmission léger qu'on baladait dans une valise. Vous savez, ces grosses valises noires renforcées en plastique. Et je me souviens très bien, un des gars discutait avec l'industriel, en tout cas le responsable technique, et lui disait, est-ce que c'est solide ? Est-ce que ça marche ? Est-ce qu'on peut le balader dans la valise ? Et on était à bord d'un bateau lorsqu'on faisait des essais et on était en train de rentrer dans le port. Et le gars lui dit « Oui, oui, il n'y a aucun problème, tout est très solide. » Il prend la valise, il la ferme, Et le commando la jette par-dessus bord sur le rivage où il y avait des gros cailloux brise-lames. Et donc, la pauvre valise va s'exploser sur les cailloux. Elle est restée en un morceau. Et le commando s'est tourné vers le technicien et lui a répondu, on va voir. Monde Numérique : [14:44] Ah oui, c'est carrément du crash test. Louis Saillans: [14:45] C'est un peu du crash test. On était assez durs. Parce que, quelque part, nous, on utilisait le matériel pour notre survie, entre guillemets. Il fallait que ça tienne. Donc, on n'avait pas trop d'enjeux de commercialisation. Moi, j'ai appris tout ça après. Et en rétrospective, je me rends compte qu'on était très, très durs avec le matériel. On était intransigeants. On était intransigeants. Mais quelque part, c'était bien aussi parce que ça nous permettait d'avoir un Louis Saillans: [15:06] certain degré d'exigence qui est important pour la suite. Monde Numérique : [15:09] Et vous avez vu des bonnes choses comme ça, du coup ? Louis Saillans: [15:11] Oui, on avait du super matériel. En gros, tout le matériel qui a ensuite été distribué souvent à l'échelle de l'armée française, voire même à l'échelle de l'OTAN, parfois on voyait les premiers modèles arriver chez nous. Et donc, ça nous permettait de tester les lunettes, panoramique, les nouveaux flingues. Après, on voyait beaucoup de matériel qui ne passait pas, justement, le seuil du prototypage. Et donc, c'était quand même intéressant de voir ce que les gens essayaient. On a vu plein de trucs. Après, il y a du matériel dont je ne peux pas parler. Parce que pour le coup, c'était des matériels un peu sensibles qu'on utilisait encore, qui ne sont pas à grand public. Donc, c'est des matériels très spécialisés. Mais c'était toujours très excitant ça faisait partie un peu du boulot parce qu'il y avait le côté, guerrier on va dire, le côté militaire où on s'entraînait à faire la guerre puis il y avait ce côté innovation à côté où il fallait parfois faire des comptes rendus d'essais, discuter avec les techniciens ils essaient de comprendre le besoin il fallait arriver aussi à leur exprimer donc ça c'était un jeu intéressant. Monde Numérique : [16:18] Qu'est-ce qu'il y a de plus difficile ? C'est de faire des missions comme ça ou de monter une start-up et de commercialiser un produit ? Louis Saillans: [16:24] Alors, c'est marrant parce que je me suis posé la question l'autre jour. Et en fait, en unité, il y a un truc qui est quand même pas mal. C'est qu'il n'y a pas vraiment d'efforts isolés. C'est-à-dire qu'on est vraiment en groupe et on est toujours en train de travailler en unité, en groupe. Donc, il y a un gros phénomène de groupe que moi, j'aime beaucoup et qui nous permettaient d'être solides et de se reposer les uns sur les autres. Et ça, j'aimais beaucoup parce que c'était très stimulant. Louis Saillans: [16:54] Et après, il y avait des moments stressants, mais c'était des moments avec un stress très aigu à un moment, voilà, pendant une mission, on est très, très, très stressé à un segment ou à plusieurs segments puis après ça passe et puis on passe à autre chose et puis la routine, entre guillemets, revient de l'entraînement et je me rends compte dans le monde civil et le monde de l'entreprenariat en tant que start-up, c'est un stress qui est moins fort, donc les pics sont moins élevés mais il y en a tous les jours et donc tous les jours, j'ai en moyenne une très bonne nouvelle et tous les jours, j'ai une très mauvaise nouvelle. Voilà. Monde Numérique : [17:30] Alors, les très bonnes, c'est quoi ? Votre produit, il en est où ? Il est commercialisé ? Louis Saillans: [17:35] Alors, on est en pré-production actuellement. Donc, on a des prototypes qui sont fonctionnels, qui ont été testés et pour lesquels on est très content. Desquels nous sommes très contents. Et ensuite, les produits, eux, ils vont sortir en mars 2026. Mon premier produit. On a déjà fait la démonstration chez certains clients qui ont déjà signé des banques de commande. Monde Numérique : [17:54] Ça se présente comment ? Louis Saillans: [17:56] C'est un tout petit boîtier qui fait la moitié d'une boîte à chaussures en gros, donc c'est un petit boîtier, qui peut être alimenté par panneaux solaires parce qu'il consomme très très peu et qui peut être accroché en gros n'importe où alors l'idéal c'est sur les hauts puisque le son se propage mieux en altitude, donc on pose ça sur des toits on pose ça sur le haut des clôtures on pose ça sur le haut des murs on en pose autant qu'il faut en fonction de la zone. Monde Numérique : [18:22] Comme des caméras en fait. Louis Saillans: [18:24] Alors, on est exactement dans le même segment que les caméras, c'est-à-dire que c'est les systèmes passifs qui sont là de manière permanente, qui tournent en permanence. La seule différence qu'on va avoir avec des caméras, c'est que pour l'instant, on a un système qui est assez sophistiqué à bord, puisqu'à bord, on a un mini-ordinateur qui a une IA, une véritable IA, c'est vrai, un modèle d'IA qu'on a entraîné nous-mêmes, qui réfléchit en permanence et qui, en permanence, compare le son qu'il entend de l'extérieur avec sa base de données, avec ses habitudes, et fait des hypothèses sur la probabilité qu'il y a un drone ou non dans son environnement. Ce qui fait que c'est du matériel qui est, où il y a beaucoup, la bruitque software a quand même la grosse composante. Donc nous, on fait surtout de l'IA, en fait, plus que du hardware. Il y a une petite partie hardware, mais il y a surtout une grosse partie IA. Monde Numérique : [19:08] Ok. Et qui fonctionne ? Louis Saillans: [19:10] L'acoustique. Monde Numérique : [19:10] Qui fonctionne localement ? Louis Saillans: [19:11] Et ça, tout fonctionne localement. Donc ça, c'est le truc où on s'est un peu embêté. Plutôt que de faire des senseurs un peu passifs qui étaient centralisés sur un boîtier, on voulait que chaque boîtier soit autonome. Donc ça, c'est une volonté parce qu'on sait qu'il y a des milieux qui sont très peu permissifs comme par exemple les centrales nucléaires où vous ne pouvez pas émettre vous ne pouvez pas émettre de signal téléphonique de signal wifi etc tout est très compliqué, et donc il faut pouvoir avoir un système local donc là en l'occurrence on fait des alertes locales, donc c'est des soit des sirènes soit des alarmes visuelles qui se mettent en place ah. Monde Numérique : [19:43] Oui d'accord il n'y a pas de transmission il. Louis Saillans: [19:45] N'y a pas de transmission d'informations en gros on a deux versions on a la version effectivement milieu non permissif où là il n'y a pas de transmission du tout et donc il y a un système qui est autonome qui va fonctionner en permanence. Les seules contraintes, c'est qu'il va falloir le brancher de temps en temps pour faire la mise à jour, mais il va fonctionner. Donc ça, c'est l'avantage qu'on offre. Et après, dans les autres systèmes, les boîtiers vont communiquer pour pouvoir justement prévenir les différents services de la présence de drones dans la zone. Monde Numérique : [20:15] Alors c'est une innovation intéressante malgré tout il y a déjà un marché il y a déjà des choses comme ça non vous avez des équivalents en France en Europe ou à l'étranger. Louis Saillans: [20:26] Il me semble. Monde Numérique : [20:26] Avoir vu déjà des. Louis Saillans: [20:27] Pour être honnête il n'y en a pas beaucoup il n'y en a pas beaucoup non parce Louis Saillans: [20:30] qu'aujourd'hui peut-être. Monde Numérique : [20:32] Pas focusser sur les drones c'est-à-dire qu'après on peut on peut utiliser ça pour différentes applications en réalité. Louis Saillans: [20:37] Alors il y a d'autres applications sur l'acoustique effectivement notamment il y en a qui font du trafic automobile, mais qui font la même chose que nous on est vraiment très très peu nombreux, parce que c'est un domaine qui est un peu niche techniquement c'est un peu particulier lié en acoustique c'est un peu particulier. Louis Saillans: [20:55] Il y en a qui font pas forcément avec les mêmes formats que nous avec des formats un peu plus lourds qui devraient être branchés localement alors que nous on fait un format qui est très léger qui est très frugal en termes de consommation d'énergie ce qui fait qu'on peut le brancher sur le panneau solaire donc le truc est complètement autonome, donc le déploiement est beaucoup plus facile et ensuite les pionniers un peu dans ce domaine là aujourd'hui c'est les Ukrainiens puisque les Ukrainiens ont une société deux sociétés qui ont développé ça en Ukraine et qui ont d'excellents résultats aujourd'hui ils ont plus de, Ils ont plus de 20 000 senseurs déployés à travers l'Ukraine autour de la frontière, de centre-ville, de zones critiques. Et ça leur permet d'avoir une cartographie en temps réel de tous les mobiles aériens qui rentrent. Donc eux, ils font même les hélicos, les avions, etc. Et c'est leur meilleur système actuellement. Alors pourquoi ils utilisent ça ? Parce qu'ils sont dans un événement qui est non permissif, pour le coup, où souvent il n'y a pas de GPS, ils ne peuvent pas émettre en radar, parce que les radars, en gros, vont être ciblés quand vous utilisez un radar dans la guerre, c'est comme si vous étiez dans la nuit dans la campagne et quelqu'un utilisait une lampe torche. Vous allez le voir à 10 km et donc vous allez pouvoir le cibler très facilement. Donc le radar, l'utilisation n'est pas possible. Monde Numérique : [22:10] Et vous, votre système n'est pas détectable ? Louis Saillans: [22:12] Non, ce n'est pas détectable puisque c'est de l'acoustique. Donc en fait, nous, on n'émet pas d'énergie. Un radar, il émet de l'énergie. Nous, on ne fait que recevoir l'énergie et on la trie. Et on trie la donnée qui est dans l'énergie et ça nous permet d'avoir une vision de tous les sons qui circulent, Et donc ça, c'est un avantage énorme, puisque du coup, les senseurs sont indétectables, déploient à la très grande échelle, très facilement, et l'enjeu, c'est simplement de faire le tri, de gérer cette donnée, et ensuite d'avoir des modèles d'IA qui sont suffisamment efficaces pour ne pas halluciner, pour ne pas raconter n'importe quoi, etc. C'est un autre enjeu, mais aujourd'hui, il n'y a pas grand monde qui est sur le sujet, pour être honnête. Et on sait que les sociétés ukrainiennes ont du mal à s'exporter, notamment parce qu'elles sont en guerre, tout simplement. C'est un écosystème qui est compliqué pour l'export de leurs technologies. Monde Numérique : [23:03] Et en point de vue commercial, c'est des technologies qui sont chères ? Un aéroport qui veut s'équiper ? Louis Saillans: [23:10] Pour vous donner un ordre d'idée, aujourd'hui, vous êtes un aéroport, vous avez un petit aéroport régional, vous voulez, des systèmes pour vous équiper, donc souvent comme chaque système a un peu d'un trou dans un talon d'Achille, ils mettent tous les systèmes ensemble, ils font un agrégat qui leur permet de couvrir un peu tout, bon la réalité c'est que c'est on trouve que c'est un peu lourd et c'est extrêmement coûteux, si vous avez un système aujourd'hui qui fait de l'optique du radar et de la radiofréquence, vous arrivez à un système qui va vous coûter plusieurs millions, donc entre entre 2 et 5 millions pour une portée qui est très limitée, pour une portée de 1 à 2 kilomètres. Et si vous voulez le plus petit radar anti-drone, aujourd'hui, le plus répandu, je ne citerai pas la marque, mais c'est le plus connu. En gros, il peut faire une bulle d'un kilomètre autour de vous pour... Oui, à un kilomètre avec une grosse alimentation. Il demande beaucoup d'alimentation, le radar, parce que ça déploie beaucoup d'énergie. Donc, c'est plusieurs centaines, voire parfois plus de 1000 watts. Et ça, ça va coûter 100 000 euros, pièce. Monde Numérique : [24:18] D'accord. Louis Saillans: [24:18] Donc, c'est déjà un coût pour des gens qui, par exemple, nous, on a des data centers qui nous ont contactés. On a des gens qui ont des hôtels VIP qui veulent simplement, voilà, s'ils veulent juste faire de la police privée, ils ne vont pas commencer à déployer le radar. Monde Numérique : [24:30] Oui, éviter les drones de paparazzi, etc. Louis Saillans: [24:32] Exactement. Sachant qu'un radar, il faut une licence en plus pour le déployer alors déjà c'est un système d'armes et pas avec votre système ? Non pas notre système, nous c'est qu'un système d'armes je sais pas. Monde Numérique : [24:41] J'ai un domaine, ce qui n'est pas le cas malheureusement mais je voudrais un peu protéger je peux acheter votre système comme moi j'achèterais une caméra de surveillance ? Louis Saillans: [24:48] Exactement, vous pouvez l'acheter comme une caméra de surveillance sauf que nous ce qu'on va faire, c'est qu'on va prendre la cartographie du domaine, on va voir quelle typologie d'architecture vous avez est-ce que vous avez des Louis Saillans: [24:57] forêts, est-ce que vous êtes en ville, etc. Et ensuite on va vous faire une suggestion de positionnement de nos systèmes, et ensuite on va vous facturer une licence annuelle donc un peu comme une assurance finalement et en gros on va vous dire, vous payez tant à l'année et c'est une licence renouvelable ou non comme vous voulez et ça, ça vous offre la garantie absolue qu'il n'y a aucun drone qui rentre sans que vous ne soyez au courant, et ça, il n'y a pas de zone d'ombre, il n'y a pas de défaut, on va dire Ça. Monde Numérique : [25:31] Pour quel budget ? Louis Saillans: [25:33] Alors, nous, on déploie, pour vous donner un ordre d'idée, pour un site qui fait... Je peux vous dire exactement l'ordre de grandeur. Quand je vous parlais des radars multicouches qui protègent, vous avez un coût par kilomètre carré qui revient à 300 000 euros par kilomètre carré. Si vous les protégez, 1 km². 1 km², c'est 300 000 euros. Nous, on peut vous proposer une couverture supérieure à ça pour 50 000 euros sur 1 km². Donc, on est six fois moins cher que ce système-là et on est beaucoup plus efficace puisqu'on n'a pas de zone d'ombre. On voit la nuit, on voit derrière les bâtiments on voit même quand la météo est mauvaise comme ils sont plusieurs boîtiers en fait ils se corrigent les uns les autres donc on a un phénomène de redondance plutôt que d'avoir un système central qui peut avoir un problème lui-même nous même si un des sens a un problème les autres vont pas lier, nous on croit beaucoup dans le travail d'équipe, c'est pour ça qu'on pense que d'avoir un réseau de neurones c'est beaucoup plus fort que d'avoir un seul gros neurone. Monde Numérique : [26:40] Merci beaucoup Louis Saillans, cofondateur de la start-up Askalon Industries.
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