🎤 Ibou, futur moteur de recherche français boosté à l'IA (Sylvain Peyronnet, Ibou)

🎤 Ibou, futur moteur de recherche français boosté à l'IA (Sylvain Peyronnet, Ibou)

Avec Ibou, Sylvain Peyronnet veut proposer une alternative française aux moteurs conversationnels dominés par les géants américains. Ce nouveau moteur de recherche mise sur la souveraineté, la diversité des points de vue et une meilleure mise en valeur des contenus de qualité.

🎤 INVITÉ : Sylvain Peyronnet – cofondateur et CEO de Ibou

Punchlines

  • Il y a une vraie problématique de souveraineté numérique.

  • On veut montrer tous les points de vue.

  • Les modèles de langue changent complètement le search.

  • On veut restaurer le web qu’on a connu.

  • Aujourd’hui, quelques millions d’euros suffisent pour créer un moteur de recherche.

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Pourquoi lancer un nouveau moteur de recherche aujourd’hui ?

Pendant longtemps, créer un moteur de recherche indépendant était quasiment impossible. Il fallait des infrastructures énormes et surtout énormément de données utilisateurs pour entraîner les algorithmes de classement. Depuis l’arrivée des grands modèles de langage comme ChatGPT, la situation a changé. Ces modèles permettent de simuler les comportements humains et d’améliorer les résultats sans disposer d’une audience massive. Aujourd’hui, une petite équipe très technique peut construire un moteur de recherche performant.

Quelle est la philosophie d’Ibou ?

Notre objectif est de proposer un moteur plus transparent et plus pluraliste. Nous voulons éviter les bulles de filtrage et montrer différents points de vue lorsqu’un sujet est controversé. L’idée n’est pas de dire aux utilisateurs ce qu’ils doivent penser, mais de leur permettre d’accéder facilement à plusieurs analyses et plusieurs sources. Nous voulons également mieux valoriser les contenus de qualité, indépendamment de la taille ou de la puissance médiatique des éditeurs.

À quoi ressemblera concrètement le moteur ?

Ibou sera un moteur conversationnel, dans l’esprit de Perplexity. Lorsqu’un utilisateur posera une question, le moteur ira chercher des sources dans notre propre index du web, analysera les différents angles et produira une synthèse courte qui orientera vers les contenus les plus pertinents. Le but n’est pas de remplacer les sources, mais d’aider les utilisateurs à comprendre quelles ressources consulter pour se faire leur propre opinion.

Pourquoi la souveraineté numérique devient-elle un argument fort ?

De plus en plus de personnes comprennent les enjeux géopolitiques liés aux plateformes numériques américaines. Il existe une demande pour des alternatives européennes capables de fonctionner de manière indépendante. Nous voyons bien que certains équilibres mondiaux deviennent instables. Beaucoup de gens veulent simplement avoir une solution alternative crédible au cas où.


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Sylvain Peyronnet: [0:01] Il y a une vraie problématique de souveraineté qui est devenue pour beaucoup Sylvain Peyronnet: [0:04] de gens quelque chose d'important. Il existe maintenant une proportion de la population qui comprend le risque géopolitique, la socio-numérique, et qui aimerait qu'il existe des alternatives au cas où. On voit tout ce qui se passe dans le monde, on voit certains dirigeants étrangers, outre-Atlantique, qui sont parfois un petit peu erratiques dans leur comportement, je vais dire ça comme ça. Et donc on se dit, il faut assurer le coup. Monde Numérique : [0:36] Bonjour Sylvain Peyronnet. Sylvain Peyronnet: [0:38] Bonjour Jérôme. Monde Numérique : [0:39] Co-fondateur et CEO de Ibou, Ibou, I-B-O-U. Eh bien, c'est un nouveau moteur de recherche français. Donc, c'est un projet que vous avez lancé, vous avez tout nous expliqué. Vous avez parmi vos investisseurs des non prestigieux, notamment Xavier Niel, etc. On a envie d'en savoir plus. C'est quoi le concept ? Sylvain Peyronnet: [1:02] Alors, Ibou, c'est un moteur de recherche conversationnel. Il est vraiment dans la ligne des nouveaux moteurs de recherche type Perplexity, par exemple. Je pense qu'il est le meilleur exemple de moteur conversationnel actuellement en ligne. Sylvain Peyronnet: [1:13] C'est un moteur de recherche conversationnel qui suit un certain nombre de valeurs qu'on a exprimées dans un manifeste, qui sont toutes liées au fait de vouloir présenter l'information différemment, puisque le constat qu'on fait, en fait, nous, on est une équipe de cofondateurs où on est dans le web depuis assez longtemps, depuis avant les années 2000. Et on a fait ce constat qu'au fur et à mesure des années, les algos qui sont mis en place pour accéder à l'information ont tendance à beaucoup créer des bulles de filtrage, à orienter pas mal le discours qui est tenu, et on voit que ça peut poser des problèmes avec un certain peut-être même délitement de la société, d'une certaine manière qui pourrait presque intervenir. Donc ce qu'on veut faire, c'est mettre en place un moteur de recherche qui est basé sur la même data que tout le monde, puisqu'on va crawler le web, comme tout le monde peut le faire, mais la présenter différemment, la filtrer différemment, avec des algorithmes différents, pour essayer de montrer tous les points de vue, par exemple quand il y a des controverses, pour essayer de mettre en avant plus les sources pour que tout le monde puisse continuer à vivre sur le web, à montrer ses contenus. On essaye d'être plus vertueux dans ce qu'on va présenter. Pour le reste, c'est un moteur de recherche. Après, il est indépendant, il est souverain. On fait notre propre index, nos propres algos, puisqu'on va fonctionner différemment des autres. Mais ça reste pour les utilisateurs un moteur de recherche. Monde Numérique : [2:18] Donc, ça ne s'appuie pas sur un grand moteur existant, comme on a pu le voir par le passé avec d'autres moteurs de recherche français. Là, vraiment, vous construisez tout le système. Sylvain Peyronnet: [2:29] Oui, tout à fait. En fait, ça fait déjà quelques années qu'on a commencé. Moi, j'ai travaillé chez un de nos concurrents maintenant, quelques années, et en partant de là-bas, on a commencé à travailler avec les cofondateurs de cette société qui s'appelle Babar, qui est devenue Ibou, en fait. On a travaillé sur la création d'abord d'un index web pour proposer la data dans d'autres secteurs que le grand public et que le search. Et on a constitué un premier index, et on s'est dit il y a quelques mois que maintenant qu'on savait faire un index, et maintenant que la technologie avait avancé, notamment avec les grands modèles de langue, on pouvait se lancer dans la fabrication d'un moteur qui correspondra au moteur qu'on voulait faire à l'époque et qu'on voulait faire maintenant. C'est pour ça qu'on s'est lancé. Mais effectivement, tout est entièrement souverain, indépendant. Le mot souverain, on peut le discuter, mais nous, ce qu'on vit, c'est être vraiment indépendant des tiers en réalité et de fabriquer tout de A à Z en termes de data. Monde Numérique : [3:17] Pour l'instant, c'est en construction. Le moteur n'est pas encore en service, mais il y a quand même une partie qui est en service et qu'on peut d'ailleurs aller voir à l'adresse ebook.io qui est une partie qui ressemble un peu à Google Discover, c'est ça ? C'est-à-dire que c'est des informations qui remontent, qui sont présélectionnées, une espèce de magazine automatique. Sylvain Peyronnet: [3:37] C'est ça. C'est d'abord un système de recommandation. Donc l'idée, c'est de dire qu'il y a beaucoup de sources de grande qualité sur le web. Certaines sont très en vue. On les trouve sur toutes les plateformes. D'autres, on les voit moins. Et toutes ces sources, elles sont plus souvent polluées par des sources alternatives qui sont souvent des fake news ou on va dire qui ont été conçues pour capter l'attention et qui ne sont pas forcément toujours de grande qualité. Donc nous, notre objectif, c'est de fournir un système de divertissement par l'information qui contient des news, mais qui contient aussi des grands sites informationnels. J'aime bien dire, parce que moi, il est performé par... Moi, j'ai une version qui me recommande des contenus pour moi, par exemple, qui sont tous tournés autour des trucs pour Geek, de l'IA, etc. On trouve des sites avec des tutos, on trouve des sites de formation, etc. Donc on peut trouver toutes sortes de sites, mais qui sont toujours en phase avec nos centres d'intérêt. Vous pouvez aller voir, c'est explorer.Ibou.io et ça se... On va dire qu'il se met très très rapidement dans un mood où il est capable de vous recommander de très très bons contenus. Vous interagissez avec lui 10-15 minutes et c'est bon, il est personnalisé. Monde Numérique : [4:36] Oui, on peut le personnaliser, on peut lui dire qu'on est plus intéressé par les contenus geeks, comme vous dites. Sylvain Peyronnet: [4:42] Il y a des onglets aussi. Par rapport à votre comportement. Monde Numérique : [4:46] Mais sinon, il y a des onglets, il y a des verticales, politique, économie, internationale. Sylvain Peyronnet: [4:49] Oui, c'est parce que parfois, même si on est geek, on aime bien savoir un peu sur la politique, mais il est très orienté vers fournir des contenus geek, donc il faut un petit peu passer les chemins de traverse. Donc c'est pour aller plus rapidement vers des sujets qui sont un peu en dehors de notre scope habituel qui a ces catégories. Monde Numérique : [5:04] Mais vous dites, l'objectif c'est de sortir de la bulle informationnelle. Monde Numérique : [5:09] Là, finalement, vous recréez une nouvelle bulle, en tout cas, pour cette partie-là. Sylvain Peyronnet: [5:13] Alors, pas totalement, parce qu'en fait, bien sûr, c'est personnalisé par rapport à des grands sujets d'intérêt, mais un sujet d'intérêt n'est pas un discours en lui-même. C'est-à-dire que ce n'est pas parce que j'aime les ordinateurs, par exemple, que je ne vais voir que des news qui parlent d'un certain type de machine ou d'un certain type de personne. Ce n'est pas parce que je suis intéressé par la politique que je ne vois qu'un seul discours, que de gauche, que de droite, ou que sais-je. Donc, on va présenter, par contre, différents types de contenus avec différents types de discours au sein d'une même catégorie. Donc, je suis intéressé par un certain type de sujet, mais au sein de ce sujet, je peux voir la pluralité des points de vue, par exemple. Et donc, c'est ce qu'on va vouloir faire. et on ne va pas prioriser un contenu parce qu'il est porté par un très gros opérateur. Ce n'est pas parce que vous êtes le journal Le Monde que vous avez plus de chances de passer devant tout le monde que parce que vous êtes un autre journal, par exemple. J'ai pris Le Monde, je n'ai rien contre Le Monde. Mais voilà, c'est un exemple comme un autre. Ce n'est pas la taille du journal ou son audience habituelle qui va faire qu'il va être priorisé. Monde Numérique : [6:09] Qu'est-ce qu'il va faire ? Il sera priorisé, alors ? Sylvain Peyronnet: [6:12] C'est d'abord l'adéquation à votre personnalisation. Ensuite, c'est un certain nombre de critères qui vont dépendre de la qualité du contenu en lui-même. On a des mesures de qualité du contenu. Est-ce qu'un contenu est suffisamment sourcé ? Est-ce qu'il a une présentation ? Monde Numérique : [6:29] C'est très subjectif, la notion de qualité du contenu. Sylvain Peyronnet: [6:32] C'est très subjectif, mais il s'avère qu'on peut assez bien simuler la vie qu'ont des êtres humains par rapport à cette qualité des contenus en utilisant principalement des LLM et des informations statistiques sur les contenus. Un contenu journalistique, par exemple, il a typiquement de bonnes qualités pour des êtres humains. On s'aperçoit qu'il a typiquement des sources qui sont présentées, qui sont réellement citées. Donc, le passage qu'on voit cité ne reformule pas la source. Il va vraiment la présenter avec un verbatim, puis après, il va l'analyser avec des pours, avec des contres, etc. Et ça, c'est des éléments qu'on peut lire. Moi, je ne suis pas du tout journaliste, mais je pense que quand on fait une école de journalisme, Par exemple, on apprend qu'est-ce qu'un bon contenu, qu'est-ce que la méthode journalistique et qu'il y a des règles qu'il faut suivre. En fait, ces règles, on peut les mettre en dur dans des algorithmes d'analyse pour qu'ils voient si les contenus, ils sont formatés de la bonne manière. Alors, bien sûr, on peut sans doute formater des contenus de la bonne manière et qui ne sont pas très quali en réalité, mais on évite déjà les premiers écoles. Et donc, l'objectif, c'est de faire notre meilleur effort finalement pour maximiser la probabilité que les gens voient un contenu de qualité. Monde Numérique : [7:33] Oui, surtout à une époque où de plus en plus de contenus sont générés par de l'IA, y compris dans des médias, et ça ne va pas s'arranger, si l'on peut dire. En tout cas, ça va certainement se répandre et se multiplier. Sylvain Peyronnet: [7:46] C'est quelque chose qu'on a, nous, dans notre Explorer, par exemple. Monde Numérique : [7:51] Mais ce n'est pas forcément du mauvais contenu, d'ailleurs, du contenu généré par de l'IA. Sylvain Peyronnet: [7:54] Et en fait, on a une analyse qui est séparée de la qualité, qui est sur l'effort mis à la création du contenu. Pourquoi ? Parce qu'il peut y avoir des contenus IA, on l'imagine, qui peuvent être de très grande qualité, qui se fait assister par une IA pour faire un beau contenu. Mais souvent, les contenus IA, on en voit beaucoup sur le web, ils sont faits juste pour capter l'attention. Il n'y a pas beaucoup d'efforts qui ont été mis pour ces contenus, parce qu'il y a aussi une équation économique que doivent respecter, les gens qui fabriquent ces contenus pour gagner de l'argent. Et donc, nous, on essaye de quantifier cet effort, et ça nous permet de repérer des contenus qui sont mal faits par de l'IA par exemple. Et on fait une distinction mauvaise IA, bonne IA, d'une certaine manière, sans le vouloir, mais par cette notion d'effort fait pour les contenus. Monde Numérique : [8:32] Alors, une fois que la partie recherche sera ouverte, donc je le répète, ce qui n'est pas le cas pour l'instant, ça va ressembler à quoi ? Ça ressemblera à du Google avec des liens et puis des petits résumés, Monde Numérique : [8:42] ou ça ressemblera à du Gemini ou du Perplexity ? Vous avez cité Perplexity. Sylvain Peyronnet: [8:48] C'est-à-dire avec de l'info déjà rédigée. Ce n'est pas 100% fixé pour l'instant, attention à ce que je veux dire, mais ça ressemblera plus dans l'esprit à Perplexity. Typiquement, par exemple, si vous posez une question. Sylvain Peyronnet: [9:03] Qui pourrait être commerciale, par exemple. Quel est le meilleur téléphone portable à moins de 500 euros en ce moment sur le marché ? On va avoir des sources qui vont être cherchées dans notre index. Ces sources vont être regroupées par l'angle qu'elles prennent. Il va y avoir des sources qui sont des comparatifs produits, il va y avoir des sources qui vont être des analyses techniques, il va y avoir différents types de sources. Ces sources vont être lues par des modèles de langue. Qui vont fabriquer, parce que c'est une recherche qui a été faite, une demande comparative, qui vont fabriquer un comparatif. Ça va fabriquer un tableau, fabriquer peut-être une liste des endroits où on peut acheter le produit, et ça va fabriquer une synthèse très courte de ce qui est exprimé par les sources, à chaque fois en renvoyant vers les sources. Donc ça ne va pas faire une synthèse de la source qui nous évite d'aller lire la source, ça va plutôt être une synthèse du type « Voilà, certaines personnes pensent que tel modèle de téléphone est meilleur que les autres pour telle raison, Ils ont un comparatif très détaillé, technique, qui explique pourquoi il est disponible à tel endroit. Si vous êtes intéressé par ce téléphone, et là, on va expliquer pourquoi il faut aller lire ce contenu. On est plus dans une logique où la synthèse qu'on fabrique serait une forme de documentaliste qui vous expliquerait quelles sont les bonnes choses à lire pour vous faire une idée sur un sujet. En vous disant, ça, ça vous explique que c'est bien, ça, ça vous explique que c'est mal, vous devez lire les deux pour vous faire une idée. Monde Numérique : [10:23] Oui, parce que vous savez forcément très bien qu'avec les moteurs de recherche, il y a un peu des frictions avec les éditeurs de contenu. Vous avez d'un côté des médias ou des blogueurs ou qui que ce soit qui génèrent du contenu, qui espèrent donc avoir du trafic sur son site pour la plupart du temps pouvoir dégager des revenus publicitaires. Et puis, si les moteurs de recherche viennent et récupèrent tout le contenu et la fiche telle qu'elle, On n'a plus besoin d'aller sur le site, du coup ça coupe les revenus pour les éditeurs en question. Comment est-ce que vous pensez résoudre cette équation ? Sylvain Peyronnet: [10:57] Il y a un double problème selon quel niveau du produit on regarde sur un moteur de recherche. Il faut savoir que nous, bien sûr, on va fournir des résultats de recherche, mais on va aussi fournir, comme beaucoup d'opérateurs, une API de recherche pour des tiers qui voudraient fabriquer des résultats à partir de notre index. Dans tous les cas, ce qu'il faut, c'est que l'éditeur puisse s'y retrouver. Et s'y retrouver, il ne faut pas discuter des heures, c'est gagner de l'argent par son travail. Notre objectif au niveau du moteur de recherche grand public, c'est de renvoyer les gens vers des sources. Quand on renvoie quelqu'un vers une source, cette source, si elle est monétisée, la personne peut gagner de l'argent. Donc l'enjeu, c'est de continuer à renvoyer les gens vers des sources. Sylvain Peyronnet: [11:41] On va voir comment faire pour faire le mieux. On ne peut pas savoir tant qu'on ne sait pas en ligne vraiment comment ça va se produire. Ce qu'on espère, c'est qu'on donnerait en proportion substantiellement plus de trafic aux sources que le font les moteurs classiques, beaucoup moins d'expositions publicitaires, des sources mieux mises en avant, on espère que ça fera plus de trafic à proportion de nos visiteurs. Donc ça c'est la première chose. Et puis il y a une deuxième chose qui est au niveau de l'API de recherche. L'API de recherche, on ne maîtrise pas ce que font les tiers qui nous achètent la data une fois qu'ils l'ont. Si on dit voilà les sites qui parlent d'un sujet, on n'a pas de garantie que derrière eux, ils vont réussir à envoyer du trafic vers ces sites, etc. Donc là c'est plus une problématique de partage de revenus qu'il faut mettre en place et donc on est en train de réfléchir à des mécanismes pour que tout le monde s'y retrouve et que les gens aient intérêt à être dans notre index quoi qu'il arrive. Et un moteur de recherche, quand ça fonctionne, ça gagne de l'argent et plutôt pas mal. Et là, tout peut être mis en place pour partager les revenus, en fait. Il n'y a pas de raison que ce soit toujours le même qu'en profite. Monde Numérique : [12:37] Est-ce que vous envisagez de vendre de la publicité, de faire des liens sponsorisés comme Google ? Sylvain Peyronnet: [12:42] Alors, sur la partie B2C, pour le grand public, oui, il y aura de la publicité. Il est probable que ce soit plutôt de la mise en avant sous forme d'affiliation non masquée, ce qui est probablement le plus intéressant parce que ça fournit un vrai service à nos utilisateurs, pour de la publicité liens sponsorisés c'est beaucoup plus compliqué on ne sait pas encore exactement quelle forme ça pourra prendre pourquoi ? Parce que la personne qui interagit avec un moteur conversationnel elle est dans une optique informationnelle d'abord, quand on est dans une optique informationnelle de toute façon on ne clique pas sur les pubs et donc ça ne sert à rien pour nous de mettre en avant une pub qui n'est pas cliquée, il n'y a aucun service pour l'utilisateur s'il ne clique pas, il n'y a aucun service pour l'annonceur littéralement aucun. Monde Numérique : [13:25] Donc il faut qu'on voit comment ça. Sylvain Peyronnet: [13:27] Peut se mettre en place on va dire que le vrai enjeu pour les moteurs conversationnels est plus de monétiser les requêtes d'achat que les autres. Monde Numérique : [13:37] Alors quand même lancer un moteur de recherche en 2026 c'est un vrai défi ça paraît, c'est pas un peu utopique même si on comprend bien que vous êtes beaucoup plus proche effectivement d'un chatbot style Perplexity ou autre que d'un Google ou d'un Bing ? Sylvain Peyronnet: [13:59] Mais n'empêche, est-ce que ce n'est pas un peu utopique ? D'abord, pour faire un perplexity, il faut faire un Bing ou un Google, parce qu'on a besoin des résultats de recherche pour répondre. Sylvain Peyronnet: [14:10] Mais ce n'est pas utopique pour une raison très simple, c'est qu'en fait, ça n'a jamais été aussi facile que maintenant. Sylvain Peyronnet: [14:15] Il y a quelques années, c'était très compliqué. Il y a quelques années, pour faire un moteur de recherche, il fallait d'abord crawler le web, récupérer la data, et c'est quelque chose qui coûtait cher, mais qui était faisable. Nous, on a commencé en 2019 à fabriquer un crawler web dans la société qui est devenue Ibou. Et très vite, à partir de 2020-2021, on avait un index de plusieurs centaines de milliards de pages. Donc, une fois qu'on a compris comment crawler le web, ça peut se faire assez bien. Mais la vraie problématique, ensuite, c'est de classer les pages web qu'on récupère quand on fait une requête. Donc, la problématique du classement, c'est la plus dure. Et c'était totalement impossible sans utiliser à très, très grande échelle de la data utilisateur jusqu'ici. Mais depuis 2022, en fait, c'est devenu beaucoup plus simple. Pourquoi ? Parce que les modèles de langue alignés, donc à partir de chat GPT uniquement, donc ceux qui. Sylvain Peyronnet: [15:02] Apprennent avec leur interaction avec l'être humain ce que désirent vraiment les êtres humains, en fait ces modèles-là sont vraiment capables de simuler le comportement des êtres humains et peuvent être utilisés pour créer une data utilisateur synthétique qui permet de calibrer les moteurs de recherche. Et donc il n'y a plus besoin de capter de la data utilisateur comme l'a fait un Google ou un Bing dans une moindre mesure pour réussir à fabriquer un moteur de très bonne qualité. Maintenant, il faut être capable de bien travailler avec des IA efficacement. C'est un métier qui est avant tout technique et qui donc est plus accessible pour une équipe comme la nôtre. Il n'y a pas besoin d'avoir déjà une audience, etc. pour le faire. Et c'est pour ça que c'est devenu raisonnablement facile à faire. Je dis raisonnablement facile, ce n'est pas gratuit. Il y a bien sûr pas mal de challenges techniques, mais c'est accessible même à des petites équipes. Et aujourd'hui, pour quelques millions d'euros, on peut fabriquer un moteur de recherche dans le monde actuel si on sait bien travailler. C'était totalement impossible il y a dix ans donc le monde a beaucoup changé de ce point de vue là. Monde Numérique : [15:59] D'accord. Donc, c'est bien, vous oeuvrez pour la souveraineté numérique française. Sylvain Peyronnet: [16:04] Oui, tout à fait. Monde Numérique : [16:06] Mais au-delà des bonnes intentions, comment est-ce que vous comptez intéresser, séduire, attirer les utilisateurs, les visiteurs ? Qu'est-ce qui va vous différencier d'un Perplexity ou d'un ChatGPT ? Vous preniez l'exemple d'une recherche pour un téléphone portable. Aujourd'hui, ChatGPT fait ça très bien. Qu'est-ce que vous pourrez apporter de plus ? Sylvain Peyronnet: [16:30] Oui, c'est vrai qu'il ne faut pas se leurrer, tous les moteurs de recherche et tous les grands opérateurs de recherche aujourd'hui ont atteint un niveau de qualité qui est acceptable quoi qu'il arrive. Sylvain Peyronnet: [16:41] Ce qui va se passer, il y a deux choses. La première, c'est que d'abord, il y a une vraie problématique, je vais revenir au terme de souveraineté, il y a une vraie problématique de souveraineté qui est devenue pour beaucoup de gens quelque chose d'important. Il existe maintenant une proportion de la population qui comprend le risque géopolitique, la socio-numérique, et qui aimerait qu'il existe des alternatives au cas où. On voit tout ce qui se passe dans le monde, on voit certains dirigeants étrangers outre-Atlantique qui sont parfois un petit peu erratiques dans leur comportement, je vais dire ça comme ça. Et donc on se dit, il faut assurer le coût. Donc on sait qu'il y a quelques pourcents de la population en France, en Europe, qui est prêt à adhérer à ce type de moteur. Donc ça, il y a déjà naturellement, j'ai envie de dire, une petite proportion de la population qui peut être intéressée. Et puis après, il faut voir que les gens ont tendance à prendre un nouvel outil numérique pour un usage particulier, et puis après ils le gardent pour le reste. Et c'est vrai que nous, si sur une partie, par exemple, informationnelle, les actus politiques, les actus économiques, etc., on a une meilleure qualité de résultat parce qu'on présente mieux l'information, parce qu'on met en avant plus de points de vue divers, et donc que les gens trouvent des meilleures réponses pour des questions qui peuvent être importantes pour eux d'un point de vue social, d'un point de vue économique, ils peuvent rester après pour les requêtes plus économiques sur lesquelles nos concurrents sont très bons. On ne va pas se mentir, Google, ils ont fait leur métier d'être très bons sur ces requêtes où on gagne beaucoup d'argent. Sylvain Peyronnet: [18:09] Et donc, nous, ce qu'on espère, c'est en étant bon par le côté d'avoir une adhésion sur la totalité du moteur. Monde Numérique : [18:15] Je reviens sur cette notion de qualité de réponse et d'impartialité que vous évoquez. Ça va se traduire par quoi concrètement ? Si on parle d'impartialité, spontanément, on pense à des sujets politiques. Là, on va rentrer dans une période de campagne électorale. Est-ce que, justement, ça fait partie de vos objectifs de pouvoir répondre à un certain nombre de demandes liées à la future présidentielle ? Sylvain Peyronnet: [18:40] On ne vise pas particulièrement les présidentielles, mais un exemple que j'aime bien donner, c'est celui où il y a eu beaucoup de discussions sur des taxes, par exemple, auprès des plus riches, etc. Des nouvelles fiscalités plus ou moins exotiques, audacieuses, on dit comme on veut. Tout le monde se pose des questions là-dessus. Si on demande à un moteur de recherche quelque chose, il va donner en premier résultat, souvent la dernière chose qui a été dite à la télé ou ce genre de choses parce qu'il y a un niveau de fraîcheur qui va être pris en compte. Un outil de synthèse qui essaye de donner plus d'équité à tous les différents types de réponses, ce qu'il va faire, c'est qu'il va dire, « Sur cette question, les avis sont partagés. » Premier truc qu'il va dire. Il va se rendre compte qu'ils sont partagés. Il va mettre en perspective. Monde Numérique : [19:20] Il va mettre en contexte. Sylvain Peyronnet: [19:22] Certaines personnes pensent que ça, d'autres que ça, d'autres que ça. Si vous vous intéressez à ceux qui pensent ça, vous pouvez aller lire l'article, dire n'importe quoi, de Valeurs Actuelles. Si vous vous intéressez à cet aspect-là, allez lire l'article de Libération. Si vous vous intéressez à cet aspect-là, allez lire l'article du Monde. Et hop, et puis derrière, on remet un truc. Mais les gens ont la possibilité. Déjà, les gens ont conscience de ce qu'on leur dit. Il existe plusieurs points de vue. Et ils peuvent aller voir les différentes sources qui en parlent. Monde Numérique : [19:47] Est-ce que malgré tout, vous vous autoriserez à, diminuer l'impact de certains contenus ? Je ne parle pas de contenus clairement illégaux. Ceux-là, je pense que la question ne se pose pas, vous ne les laisserez pas passer. Sylvain Peyronnet: [20:01] On n'a pas le choix. Il faut respecter. Vous n'avez pas le choix. Monde Numérique : [20:03] Tout ce qui touche au terrorisme, au crime sexuel, ou crimes tout courts, etc. Mais il y a toujours une zone grise où certains peuvent se dire « non, ça, on ne laissera pas passer pour des questions de conviction ». Est-ce que, par exemple, vous auriez tendance à filtrer les contenus extrêmes, qu'ils soient de droite ou de gauche ? Sylvain Peyronnet: [20:30] C'est une question qui revient beaucoup dans l'équipe. C'est un sujet, parce que même pour Explorer, c'est une question. À partir du moment où une source est légale, il y a des journaux de toutes les obédiences, par exemple. Ce n'est pas à nous de décider ce que les gens doivent lire. On présente des journaux que personnellement moi je ne lirais pas, ils y sont quand même c'est comme ça et d'autres c'est l'inverse, après il y a des choses qu'on ne veut pas montrer c'est pas que d'un point de vue moral c'est même pas pour une question de moral mais par exemple on essaye de ne pas montrer de contenu pour adultes nous on a déjà une première version du moteur en interne qui tourne déjà. Sylvain Peyronnet: [21:11] Normalement il n'y a pas de contenu adulte dedans c'est un choix qu'on a fait parce que il y a une trop grande complexité, sociétale à gérer un moteur qui fait ça et qu'on veut aussi présenter aux plus jeunes, donc on n'est pas capable de résoudre tous les problèmes techniques qui sont associés donc on préfère les éviter totalement, et puis après on essaye de ne pas montrer des contenus alors c'est Google qui a inventé le terme, des contenus dit « your money, your life » donc on essaye de ne pas mettre en avant des contenus, dont s'ils sont mal compris, ils pourraient porter un risque, un peu judice aux personnes qui les lisent d'un point de vue ou de santé ou de santé financière, santé physique pour santé financière. Et là, c'est beaucoup plus dur et ce qui fait qu'on a tendance à être un peu trop sévère des fois sur les contenus de ce type-là, parce que on pêche par excès de sûreté. Quelque chose qui vous explique comment guérir d'une maladie, c'est toujours compliqué de savoir si c'est vrai, si c'est faux. Dans le doute, des fois, on ne va juste pas répondre à la question. Parce que c'est plus simple en fait et que des fois le risque c'est question Sylvain Peyronnet: [22:11] risque-bénéfice il y a les médecins pour ça c'est. Monde Numérique : [22:15] Sûr ok ok très bien bon et c'est prévu pour quand alors le lancement le grand lancement officiel. Sylvain Peyronnet: [22:21] Alors on a une roadmap à étage on fait vertical par vertical, on a commencé par Explorer parce que d'un point de vue algorithmique c'était plus simple à mettre en place industrialiser, les volumes sont plus petits donc on voulait d'abord faire nos preuves là dessus, On va avoir le moteur image qui va sortir normalement avant l'été. L'API qui fournit des résultats de recherche pour des opératures tiers, probablement à la sortie de l'été. Et le moteur grand public en version bêta, mais grand public, exposé à tout le monde, fin 2026, donc entre novembre et décembre. Donc c'est la ronde plus courte, c'est bientôt. Monde Numérique : [22:58] Ouais, en effet. Pourquoi ce nom ? Pourquoi Ibou ? Sylvain Peyronnet: [23:02] C'est la question que tout le monde me pose. Donc Ibou n'a rien à voir avec l'oiseau. Ibou, ça vient de l'égyptien ancien. Et Ibou, Ibou à l'origine, c'est le cœur dans l'Egypte antique, le siège de la mémoire et du raisonnement. Et Ibou, c'est le cœur au pluriel. Donc c'est... Parce que comme on fait de l'IA et que le moteur, c'est la mémoire du web et en même temps il résonne pour fabriquer les réponses. On se dit que c'était plutôt pas mal et c'est un nom que tout le monde retient sans aucun problème. Monde Numérique : [23:32] En effet. Dernière question sur vous, votre équipe, alors c'est quoi ? Vous êtes combien de personnes ? Vous vous êtes structurés comment ? Sylvain Peyronnet: [23:38] Alors on est une quinzaine. On est une société normande. Nos premiers investisseurs il y a quelques années sont tous normands et à l'époque on était tous encore en Normandie donc notre siège est en Normandie. Aujourd'hui on a aussi un bureau à Paris. On est une quinzaine et on est quasiment tous à ProfilTech, beaucoup d'anciens enseignants-chercheurs. J'étais moi-même professeur à l'université pendant plusieurs années. Et on va dire que sur 15, on est 12-13 techs. Et après, il y a nos amis du marketing et de la communication qui sont moins nombreux. Une équipe plutôt âgée pour une startup. Pour la plupart, on a passé largement la quarantaine avec une vision du web depuis les origines. Et c'est aussi pour ça une volonté d'essayer de fabriquer un outil qu'on aurait voulu avoir à un moment donné sur le web, pour que le web soit un petit peu différent. C'est ça vraiment, d'essayer de restaurer un petit peu le web qu'on a connu à une certaine époque. Monde Numérique : [24:32] Merci beaucoup Sylvain Peyronnet, cofondateur et CEO de Ibou.
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