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0:01] Vous avez sans doute entendu parler de Diella, et vous l'avez même peut-être vu en images sur les réseaux sociaux, cette personne en costume traditionnel albanais,
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0:10] déjà célèbre, mais qui pourtant n'existe pas, car Diella est virtuelle. Il s'agit de la première ministre virtuelle. Ça se passe donc en Albanie, une ministre virtuelle chargée des marchés publics. On en parlait samedi dernier dans l'hebdo rapidement, mais je voudrais revenir un instant sur cette affaire parce que c'est quand même assez intéressant. Derrière cette image se cache donc une intelligence artificielle. En tout cas, c'est ce qui a été annoncé publiquement par le Premier ministre d'Albanie. L'idée, c'est donc de faire de cette IA un vrai ministre, entre guillemets, un ministre des marchés publics, qui serait insensible au pot de vin. Et oui car la corruption serait un problème en Albanie or ce pays a dévéléité d'entrer dans l'union européenne et doit donc montrer patte blanche en matière d'incorruptibilité cette histoire de ministre virtuel propulsé par IA et donc il faut bien avouer avant tout un coup de com' mais concrètement ça va servir à quoi Eh bien, en fait, Diella existait déjà avant, mais sous la forme d'un simple chatbot destiné à aider les citoyens et les entreprises pour obtenir des documents officiels, à remplir des formalités, etc.
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1:27] Promue au rang de ministre, elle va désormais faire la même chose et un peu plus. Et surtout, elle va donc s'occuper des appels d'offres liés au marché public, car, on le sait, dans tous les pays, il faut bien l'avouer, c'est un domaine dans lequel il y a de gros risques de corruption.
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1:42] Mais nommer un ministre IA dans un gouvernement, qu'est-ce que ça veut dire concrètement ? Que sera-t-elle autorisée à faire, cette IA ? Quelles seront ses prérogatives et son champ d'action ? On avait déjà vu une IA nommée PDG d'une entreprise à Hong Kong, ou bien un robot auquel on reconnaissait le statut d'ambassadeur, le robot saoudien Sofia, Nommé une IA ministre, en gros, ce n'est pas sûr que ça tienne la route. L'opposition albanaise parle déjà d'anticonstitutionnalité. Pourtant, elle devrait avoir un certain nombre de prérogatives. Et le Premier ministre albanais a même annoncé qu'elle pourrait recruter des talents à l'international si besoin.
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2:25] Mais une IA peut-elle réellement prendre des décisions politiques ? Et puis, au-delà de ça, peut-elle être vraiment incorruptible ? Certes, le principe de l'intelligence artificielle, en théorie du moins, c'est qu'il n'y a pas d'intérêt personnel qui pourrait la pousser à s'enrichir ou à accepter des gratifications, quelles qu'elles soient. Mais au-delà, de quelle manière va-t-elle étudier les dossiers pour attribuer ces fameux marchés publics ? Est-ce que vraiment, avec des promptes bien sentis, il ne sera pas possible de la manipuler ? Et même au-delà de ça, au niveau de sa conception et de son entraînement, peut-on dire qu'elle sera réellement objective, neutre et incorruptible ? Car ne l'oublions pas, une intelligence artificielle a des biais, elle n'est pas si neutre que ça. Elle peut reproduire des défauts venant des humains, et surtout si on l'entraîne de travers. Dans ce cas-là, ça peut être encore pire. La corruption peut-elle être transférée en amont dans un algorithme ? C'est toute la question qui est assez vertigineuse. En réalité.
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3:31] L'incorruptibilité suppose surtout de la transparence avec des audits indépendants et un véritable contrôle démocratique. Une intelligence artificielle capable de prendre des décisions politiques, c'est bien tentant dans un sens. Une machine capable d'analyser des millions de données, d'anticiper les conséquences économiques ou sociales de telle ou telle décision, et de proposer l'option la plus rationnelle, dans un monde où les scandales politiques ont plutôt tendance à miner la confiance des citoyens.
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4:02] Ça pourrait représenter un véritable espoir. Mais de l'autre côté, la politique, ce n'est pas qu'une affaire de calcul. C'est quelque chose de beaucoup moins rationnel que ça en a l'air, on le sait.
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4:14] Gouverner, ça consiste aussi à prendre en compte l'histoire, les valeurs, les émotions, les rapports de force internationaux. Alors, une intelligence artificielle sera-t-elle un jour capable d'appréhender
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4:26] tous ces paramètres afin de prendre des décisions éclairées ? Mais surtout, au-delà, quelle légitimité pour ce genre de décideur virtuel dans lequel nous serions amenés à transférer notre souveraineté ? Enfin, qui serait responsable s'il y a prenait une mauvaise décision ? Là encore, vous allez me dire, du côté des humains, on ne fait pas forcément mieux. Quoi qu'il en soit, pour l'instant, l'intelligence artificielle peut être un
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4:52] formidable outil d'aide à la décision dont on aurait tort de se priver. Mais pour en faire un véritable décideur politique autonome, il va sans doute falloir attendre un peu.