June 11, 2022
L'HEBDO #51 : Annonces Apple - Vie privée en ligne - FIC 2022

Cette semaine, on debriefe les annonces Apple de la WWDC, notamment Apple Pay, PassKeys et Carplay). On s'intéresse au paradoxe de la vie privée. On présente le Forum International de la Cybersécurité.


L'ACTU DE LA SEMAINE

• Apple : les 3 annonces majeures
• Un connecteur universel européen en 2024
• Vivatech 2022 en approche

LES INTERVIEWS DE LA SEMAINE

🔵 Alexandre Molle, consultant chez CapGemini et observateur passionné des actualités Apple

Apple a dévoilé plus de 240 nouvelles fonctionnalités pour iPhone, MacBook et même pour l'automobile : un écran d'iPhone personnalisable, un nouveau mode d'organisation des fenêtres sur Mac, une version évoluée de Carplay pour la voiture... Ces nouveautés arriveront dans les prochains mois avec les mises à jour iOS16, MacOS13 ou encore iPadOS16. On débriefe ces annonces avec Alexandre Molle, observateur attentif des actualités de la marque.

 

🔵 Milan Stankovic, docteur en informatique et CPO de la société Blindnet

Sur Internet, nous sommes conscients des risques pour la vie privée mais nous sommes prêts à les prendre quand même car c'est le prix à payer pour bénéficier des nombreux services en ligne. C'est ce que les scientifiques appellent le "paradoxe de la vie privée". Milan Stankovic analyse cet étrange comportement dans un livre blanc consacré à la vie privée (privacy). 

🎧 Bonus : Interview intégrale

 

🔵 Benoit Grunemwald, expert cybersécurité chez ESET

[PARTENARIAT] Cette semaine, s'est tenu, à Lille, l'édition 2022 du Forum International de la Cybersécurité  (FIC). C'est l'occasion de faire le point sur les " tendances" en matière de cybercriminalité. Si les attaques par rançongiciels semblent en baisse, en revanche, les botnets sont toujours aussi actifs. Benoit revient sur cette édition 2022 du FIC.

Bonne écoute !


Cet épisode vous a plu ? Découvrez la série spéciale Vous allez tout comprendre consacrée aux technologies du quotidien.

Transcript

La vie privée sur Internet, on sait qu’elle est menacée et pourtant on continue à prendre des risques. On en parle cette semaine dans Monde Numérique, avec un docteur en informatique spécialisé dans la sécurité des données, Milan Stankovic.

Milan Stankovic : Les internautes quand vous les demandez, alors est-ce que vous tenez beaucoup à votre vie privée ? Ils disent oui. Et puis, vous leur demandez, alors est-ce que vous faites des choses en ligne qui mettent en péril votre vie privée. Ils vont toujours vous dire oui.

Comment l’armée et les entreprises de cybersécurité s’entraînent pour se préparer à une éventuelle cyber guerre ? On va en parler avec Benoît Grunemwald, spécialiste cyber sécurité chez ESET, partenaire de Monde Numérique.

Benoit Grunemwald : Nous allons former une équipe pour mener des opérations de défenses fictives contre des cyberattaques à un niveau très large.

Ce n’est pas tout. Avant cela, on va examiner en détail toutes les annonces Apple. On va parler du futur connecteur européen unique pour les smartphones et de VivaTech.

Bienvenue dans Monde Numérique numéro 51.

Je suis ravi de vous retrouver pour ce nouvel épisode de Monde Numérique. Merci d’être toujours aussi nombreux au rendez-vous chaque samedi. Monde Numérique est le troisième podcast le plus écouté en France sur Apple Podcast dans la catégorie Actualités technologiques. Évidemment, on ne peut que s’en réjouir. Monde Numérique est disponible sur toutes les plateformes de podcast et aussi sur Sybel, la plateforme française des podcasts gratuits et payants. Dans si ce n’est pas déjà fait, surtout abonnez-vous sur la plateforme de votre choix, Apple Podcast, Spotify, Deezer, Podcast Addict… Elles sont très nombreuses en réalité. Enfin, dernier petit conseil pratique, si vous écoutez Monde Numérique en voiture, je voulais vous inviter à surtout ne pas oublier d’utiliser Android Auto si vous avez un smartphone Android ou CarPlay si vous êtes sur iPhone, car cela permet de voir sur l’écran de votre véhicule le détail des épisodes, la liste des chapitres, passer facilement de l’un à l’autre et vous verrez même les photos des personnes interviewées.

L'ACTU DE LA SEMAINE

  • APPLE : LES 3 ANNONCES MAJEURES DE LA KEYNOTE DU 6 JUIN 2022

Les fans d’Apple étaient devant leurs écrans lundi soir pour suivre la keynote d’ouverture de la WWDC, la conférence des développeurs d’Apple. Avec un flow d’annonces, d’abord deux nouveaux ordinateurs, un MacBook Air, l’ultra léger et un MacBook Pro en format 13 pouces, donc petite taille, tous les deux équipés de la nouvelle puce M2, qui a été présentée à l’occasion, mais surtout d’innombrables annonces logicielles. Apple a présenté les nouvelles versions de ses systèmes d’exploitation, alors iOS16, macOS13, iPadOS16, watchOS9, et plein d’autres choses. Sur iOS, c’est-à-dire sur iPhone, pas moins de 240 nouveautés, alors évidemment on ne peut pas tout détailler, mais j’ai noté trois annonces qui m’ont semblé particulièrement importantes. D’abord, en ce qui concerne Apple Pay. Apple Pay est le système de paiement de l’iPhone et ça y est, Apple se longe dans le 4 fois sans frais. On va pouvoir faire des achats et payer en 4 fois sans frais en utilisant uniquement les services financiers de la marque Apple. Ce ne sera pas disponible et ce n’est pas disponible pour l’instant en France. Mais cette annonce est remarquable parce qu’elle a d’ailleurs été très commentée, y compris en France. Ça y est, c’est la concurrence contre les banques et les organismes de crédit, qui s’organise et qui vient des GAFAM. A noter, en ce qui concerne le paiement également, le système Tap to Pay, qui en principe sera proposé prochainement, qui permet de transférer de l’argent et bien en tapotant sur un iPhone d’un commerçant ou d’un ami avec son propre iPhone ou avec sa carte de crédit, son contact, ça transforme l’iPhone en terminal de paiement. La deuxième annonce incontournable, elle concerne les mots de passe, avec le système Pass keys, qui est un dispositif pour se connecter au site web, aux applications mobiles, sans mot de passe. Grâce à un système assez compliqué de clé publique et de clé privée de double authentification, qui s’appuiera sur la biométrie, c’est-à-dire sur le capteur d’empreinte digitale Touch ID ou sur le système de reconnaissance faciale Face ID. Donc c’est assez compliqué techniquement, mais la promesse c’est que ce soit hyper simple à utiliser. Et donc, à l’arrivée, plus besoin de taper un mot de passe pour accéder à un site web ou pour lancer une application. Alors, dans un premier temps, ce sera réservé à Safari, le navigateur d’Apple, mais la marque à la pomme assure qu’à terme, ce sera compatible avec tous les environnements, puisque c’est conforme à la norme Fido, qui est une norme à laquelle ont également adhéré Microsoft ou Google, et qui vise réellement à faire disparaître les mots de passe. Mais quelle bonne nouvelle ! Vous n’aurez plus besoin de retenir ces abominables mots de passe. Alors, si vous utilisez un gestionnaire de mots de passe, c’est déjà le cas. En fait, on ne retient plus rien soi-même. Mais si vous aurez toujours à noter dans un petit carnet. Et bien voilà qui devrait vous faciliter la vie. Enfin, troisième annonce majeure du côté d’Apple, elle concerne CarPlay. CarPlay, j’en parlais à l’instant, c’est donc ce système qui permet dans certains véhicules de transférer sur l’écran du véhicule quelques-unes des applications de son iPhone, alors pas toutes, mais par exemple, on peut évidemment avoir la navigation routière, on peut avoir l’application de podcast, on peut avoir les messages WhatsApp, qui ne sont pas écrits, mais qui sont lus par la synthèse vocale Siri. Et Apple a dévoilé une espèce de Super CarPlay, qui devrait être intégré encore plus profondément dans les véhicules, sur les autres écrans. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, Apple ou Google s’occupe du divertissement et de la navigation routière sur l’écran central du véhicule, mais demain, ils seront également dans les autres écrans, notamment derrière le volant, et partout ailleurs. Ça permettra d’afficher par exemple la vitesse de régler la climatisation, de choisir une station de radio, tout en restant dans l’expérience utilisateur Apple, que connaissent évidemment les possesseurs des produits de la marque. On pourra aussi personnaliser son tableau de bord avec des Widgets comme la météo, le calendrier. Donc, c’est une incursion franche d’Apple dans l’automobile, évidemment il n’est pas le seul, car Google est là et il a même précédé avec un système qui s’appelle Android Automotive, et qui est à peu près la même chose. Un système logiciel, un véritable système d’exploitation pour la voiture, qui a notamment été choisi par Renault pour sa nouvelle Mégane iTech. Alors, sur le plan stratégique, ce n’est pas neutre, puisque la conséquence, c’est que les constructeurs automobiles risquent bien de perdre la main dans cette histoire-là, de perdre la relation avec le client, et puis ce ne sont pas eux qui récolteront les datas, cet or noir, y compris pour la voiture du futur. Mais il est vrai que pour l’instant, ils ne brillent vraiment pas par la qualité de leurs interfaces. Il faut bien dire que les interfaces logicielles des véhicules, même les plus luxueux sont quand même très en deçà de ce qu’on a l’habitude de voir sur l’écran de son smartphone. Ils sont en retard, ils sont en train de se faire bouffer par les GAFAM. Réagiront-ils à temps ? Que va-t-il se passer ? Formidable suspens. En tout cas, les premiers véhicules équipés de CarPlay dans le tableau de bord devraient arriver en 2023. On va revenir en détail tout à l’heure, sur ces annonces Apple, avec mon premier invité, Alexandre Molle. On décryptera un peu tout ça et on essaiera d’aller un peu plus loin. Juste avant, allez, j’ajouterai une dernière, quatrième petite info intéressante, puisqu’elle concerne également nous, français, avec iOS16 donc qui arrivera à la rentrée prochaine. L’iPhone va devenir compatible avec la nouvelle carte nationale d’identité biométrique. Ça existe déjà sur Android. Ça ne marchait pas sur iPhone, parce qu’à cause d’une incompatibilité du lecteur NFC, car pour faire le lien entre l’iPhone et la carte d’identité, il faut mettre le téléphone sur la carte et ça se passe au niveau de la puce NFC. Donc, ça va arriver, on pourra prochainement télécharger cette application officielle France identité pour mettre sa carte d’identité dans son iPhone. Mais alors attention, ça ne permettra pas de faire n’importe quoi, ça ne veut pas dire qu’on aura une dématérialisation totale de la carte d’identité, on n’aura pas la carte d’identité dans le Wallet de l’iPhone. Mais on pourra utiliser l’iPhone pour certifier certaines démarches en ligne nécessitant de prouver son identité.

  • USB-C : CONNECTEUR UNIVERSEL EUROPEEN EN 2024

Si vous n’en pouvez plus des multiples chargeurs électriques, incompatibles entre eux, que vous avez à la maison, réjouissez-vous. Bonne nouvelle ! En 2024, il n’y en aura plus qu’un seul en théorie. Un seul type de petite prise pour recharger aussi bien nos smartphones, nos tablettes, nos lisseuses, nos écouteurs, nos casques audio, nos appareils photo numériques, nos consoles portables, et même nos enceintes portatives. Seules les montres connectées ne sont pas concernées, et pour les ordinateurs, ça arrivera en 2026. Alors évidemment, on parle des produits neufs. Mais ça y est, les représentants des états membres de l’Union européenne sont tombés d’accord cette semaine pour imposer un connecteur unique dans toute l’Europe. Et ce connecteur, on le connaît déjà, c’est l’USB-C, ce petit connecteur plat, réversible, il est bien, il est pratique, il n’est pas trop gros, il est puissant, donc à partir de 2024, dans deux ans et demi, il fera que tous les appareils neufs soient compatibles uniquement avec USB-C. L’objectif c’est de réduire de 10% les déchets électroniques chaque année et de faire économiser parait-il 250 millions d’euros par an aux consommateurs, et accessoirement de leur simplifier un peu la vie. Bon, dans la pratique, au fait, ça fait déjà un moment que beaucoup d’appareils ont adopté l’USB-C. Beaucoup de marques sauf une évidemment, et c’est encore la même. On va en reparler désolé, puisqu’il s’agit d’Apple. Apple utilise toujours son connecteur propriétaire, lightning. Sur ses iPhone et sur certains de ses iPad, la marque à la pomme s’est toujours opposée à l’Union européenne sur ce sujet. Alors, pour plusieurs raisons, parce qu’elle estime qu’imposer un connecteur unique conduit à brider l’innovation. Parce que si un jour, un constructeur trouve quelque chose de mieux et bien finalement, on ne peut pas l’utiliser. Ce qui n’est pas faux, puisqu’en fait, imaginez, si l’Europe avait, y a quelques années, imposé le micro-USB, comme elle souhaitait le faire, donc le connecteur de génération précédente. Aujourd’hui, on serait bloqué encore sur le micro-USB. Et on n’aurait même pas l’USB-C. Apple estime aussi que ça obligera les consommateurs à mettre à la poubelle tous leurs câbles, des millions de câbles et de chargeurs lightning. Ce qui, du coup, serait contre-productif en matière d’écologie. Ce que la firme américaine oublie toutefois de dire publiquement, car tout le monde le sait, c’est qu’abandonner ce lightning constituerait également pour elle une perte de revenus, puisqu’Apple exerce un contrôle très strict sur tous les accessoires fabriqués pour ses appareils, un contrôle pour s’assurer d’abord qu’il respecte certains critères de qualité, et puis aussi parce qu’il faut payer au passage une redevance. Alors, c’est ce qu’on appelle la certification MFI, Made for iPhone. Vous savez, tous les câbles compatibles officiels sont donc équipés d’une petite puce, qui contrôlent qu’ils sont bien MFI. Et si vous achetez par exemple sur Amazon, un câble bas de gamme, qui n’est pas réellement compatible MFI, au bout d’un moment il ne marchera plus, parce qu’une mise à jour viendra le déconnecter. Ça rapporte donc beaucoup d’argent à la marque à la pomme. Toutefois, ce n’est sans doute pas l’argument principal qui l’oblige à freiner des cas de faire. Car d’abord, Apple est très riche et en réalité, ça ne doit pas le rapporter tant que ça. Bon, alors, la question c’est quand même de savoir, ce qu’ils vont faire. Vont-ils sortir des iPhone USB-C uniquement pour l’Europe ? Ce qui paraîtrait un peu bizarre ou bien vont-ils abandonner prochainement le lightning bien gentiment ? En fait, cela risque d’être une troisième voie qui sera choisie, c’est-à-dire que pour le prochain iPhone 14 qui devrait sortir à l’automne prochain. En réalité, pas besoin de changer de connecteur puisque l’obligation européenne ne commencera qu’en 2024. Mais la question se posera pour l’iPhone 15 dans un an et demi, là la marque à la pomme n’aura plus le choix. Elle n’aura même plus le droit de se contenter de mettre un adaptateur dans la boîte. La réglementation européenne ne le permettra pas. Du coup, on peut penser que son véritable objectif serait d’abandonner complètement la connectique classique, au profit de la recharge sans fil pour l’iPhone, comme c’est le cas déjà pour l’Apple Watch. Et la difficulté pour la marque à la pomme, elle est technique, il faut que ça marche, il faut que tout soit au point, on sait que la recharge sans fil est moins rapide et consomme plus d’énergie, sans compter qu’un connecteur physique reste quand même pratique pour brancher certains accessoires, comme par exemple un micro. Donc, c’est une sorte de dilemme face à laquelle se trouve sans doute Apple. Ils ont quelques mois pour décider.

  • VIVATECH 2022

L’actu tech cette semaine, qui est donc chargée, c’est aussi et surtout le salon Vivatech la semaine prochaine à Paris. Vivatech, salon européen de la technologie et des startups. C’est la 6ème édition au Parc des expositions de la porte de Versailles, dans le Sud-Ouest parisien. Si vous êtes de passage et si vous habitez à Paris, Vivatech a pris de l’ampleur au fil des années pour devenir vraiment un rendez-vous important, international. Les trois premières journées mercredi, jeudi, vendredi sont réservées aux professionnels. Samedi, en revanche, c’est ouvert au grand public. Chaque année, il y a beaucoup de monde le samedi, des familles qui viennent découvrir toutes les technologies présentées. Vivatech, y a peu de véritables annonces, de nouveautés matérielles, ce sont des choses qui sont déjà connues des spécialistes, mais c’est vrai que c’est l’occasion de découvrir certains trucs comme des robots, des taxi-volants, des drones. C’est assez impressionnant. Et puis pour les professionnels, c’est une vitrine surtout pour les grands groupes qui viennent montrer comme ils sont forts en innovation, et pour les startups, c’est un moyen de se faire connaître. On attend plus de 1 200 startups. Évidemment, Vivatech reste un rendez-vous très B to B, c’est-à-dire Business to Business, orienté professionnel on va dire. Il y aura notamment aussi des conférences et des keynotes, conférences du fondateur de Wikipédia, par exemple Jimmy Wales, ou encore du patron de la plateforme de cryptomonnaie Binance, et personnellement je serais sur place, d’abord pour animer des émissions, avec mon camarade François Sorel, sur la nouvelle chaîne Tech & Co, qui remplace 01TV. Si vous nous suivez régulièrement, vous avez sans doute noté qu’il se passe des choses et on change de nom. Je ne vous en dirais pas plus ici, mais je vous invite bien sûr à nous suivre sur les réseaux sociaux pour en savoir plus. Et puis, je vous ferai vivre bien entendu ce Vivatech 2022 dans Monde Numérique la semaine prochaine. Ça aura d’ailleurs une saveur particulière puisque cela fera un an que ce podcast existe. Monde Numérique avait été lancé exactement l’an dernier, à l’occasion de Vivatech 2021.

Ce n’est pas tout, à cette occasion, j’aurais également plaisir de vous proposer une opération spéciale avec EDF, qui est partenaire de Monde Numérique. On va parler innovation dans l’énergie et la décarbonation. J’animerai des Twitter species, c’est-à-dire des discussions en direct en audio sur Twitter. C’est un peu comme des émissions de radio, mais c’est sur Twitter. Le thème Carbon fighter, tout un programme, donc on va parler technologie de décarbonation dans l’industrie. Ça fait peur comme ça, mais il y a des trucs géniaux avec des innovations assez spectaculaires qui se mettent en œuvre, et puis surtout, ce sera l’occasion de discuter, de répondre aux questions de toutes les personnes qui voudront écouter, qui pourront intervenir. Ce sera mercredi 15 juin à 13h, et il y en aura un autre dans le courant de la semaine à 13h également. Donc, je vous invite à me suivre sur mon compte Twitter principalement pour en savoir plus.

Et si nous cédions maintenant la parole à quelques invités et les interviews de Monde Numérique cette semaine. On va tout d’abord reparler d’Apple, on va également s’intéresser à un sujet de fond, la vie privée et les données personnelles sur Internet. Enfin, on parlera cybersécurité comme chaque mois avec Benoit Grunemwald.

  • INTERVIEW ALEXANDRE MOLLE : LES ANNONCES APPLE 

Jérôme Colombain : Bonjour Alexandre Molle.

Alexandre Molle : Bonjour Jérôme Colombain.

Jérôme Colombain : Vous êtes consultant chez CapGemini, spécialiste de l’IA et des assistants intelligents, et puis surtout vous êtes observateur passionné des innovations Apple. Alors, on va revenir ensemble sur quelques-unes des annonces de la marque à la pomme, à l’occasion de la conférence des développeurs 2022, énormément d’annonces. Commençons peut-être par ce qui va concerner directement les utilisateurs d’iPhone, lorsqu’arrivera la mise à jour iOS16. Ce sera la possibilité de personnaliser l’écran verrouillé de l’iPhone. C’est assez innovant ça.

Alexandre Molle : C’est innovant et puis surtout ça va nous permettre d’ajuster selon ses envies, son écran d’accueil, donc c’est un peu comme ce qu’on avait l’Apple Watch, c’est-à-dire on peut changer facilement la police de l’heure, ou bien encore la couleur. Donc finalement, il y en aura pour tous les goûts. Quelqu’un qui veut mettre du rose, quelqu’un qui veut du vert, une image de sa famille, ou bien encore des Widgets adaptés à son emploi du temps. S’il est au travail, quelqu’un pourra mettre le Widget calendrier. S’il est au sport, il pourra mettre les Widgets relatifs au sport, au fitness. Donc ça, c’est vraiment je trouve, une belle nouveauté qu’on attendait depuis longtemps. Alors, c’est vrai, ce sont des choses qu’on pourrait trouver sur Android. Mais qu’Apple le fasse, et qu’Apple le fasse bien, c’est un vrai plaisir, d’autant plus qu’on a des nouveautés sur les notifications qui sont plus dynamiques. Donc, je prends l’exemple d’un Uber, on pourra voir son arrivée et le trajet de l’Uber directement depuis son écran d’accueil. Donc ça, c’est une belle petite nouveauté je trouve. Alors, on a le terrain qui est préparé pour l’iPhone 14. Il y a des rumeurs qui disent que l’iPhone 14 aura un écran always undisplayed, donc un écran toujours allumé comme l’Apple Watch. Puis y a vraiment des chances, comme Samsung le fait et les autres téléphones Android, qu’on ait un écran toujours déverrouillé, et toujours allumé. Ça fait du sens avec toutes ces nouvelles informations sur l’écran.

Jérôme Colombain : D’une manière générale, Alexandre, qu’avez-vous pensé de cette keynote ? Est-ce qu’il y a un fil directeur, il y a une logique globale de la part d’Apple ?

Alexandre Molle : Je pense qu’Apple veut se mettre au niveau de tout le monde, voire d’en proposer plus, et d’imposer ses propres applications. Je prends l’exemple de Plan.

Jérôme Colombain : Oui, le navigateur GPS ?

Alexandre Molle : Aujourd’hui, Plan est très complet et il le sera encore plus demain. Moi je suis utilisateur de Plan et vraiment je suis très agréablement surpris qu’ils ajoutent des nouveautés comme ça au fil de l’eau. On n’a pas besoin d’attendre les updates et les mises à jour pour avoir des nouveautés. Je prends l’exemple de la vitesse qui arrive en France, l’affichage de la vitesse, ou bien les alertes. On peut maintenant dire s’il y a un danger. Alors bien sûr, pas de radar, puisque c’est la législation française qui veut ça. Mai c c’est quand même appréciable à l’heure. Apple a annoncé qu’on aurait enfin les pistes cyclables en France, dans les agglomérations françaises, ça devrait arriver avec iOS16.

Jérôme Colombain : Alors, Apple est quand même en retard en matière de logiciel de navigation par rapport à Google.

Alexandre Molle : Ils ont très très mal démarré. Mais je trouve qu’ils se rattrapent, on a la nouvelle carte qui devra arriver, une nouvelle carte où les informations sont encore peu riches. C’est assez sympathique, je ne sais pas si vous l’avez vu, mais en des mois quand même, du moins à San Francisco, ça met une belle claque.

Jérôme Colombain : Oui, et puis la 3D c’est toujours assez bluffant, forcément sur les bâtiments, c’est assez impressionnant.

Alexandre Molle : Mais finalement, pour notre vie de tous les jours, par exemple, quelqu’un qui prend les transports en commun, je trouve que c’est très agréable d’avoir notre trajet, avec les lignes de métro, les bus. Voilà, tout ça, désormais, intégré à Plan, on n’aurait pas besoin de télécharger notre application ou de passer par une autre. Donc je trouve ça pas mal quand même que dans cette application, je dirais en général de transport pour partir d’un point B, on ait toutes ces informations vélo- transport-voiture.

Jérôme Colombain : Alors, côté ordinateur, MacBook maintenant, avec MacOS13. La grosse nouveauté c’est stage manager, un système pour mieux organiser ses applications sur son écran.

Alexandre Molle : C’est cela. C’est vrai qu’au début, moi ça m’a fait penser à Windows Vista.

Jérôme Colombain : Ah oui, carrément.

Alexandre Molle : Oui, ces fenêtres un petit peu inclinées sur la gauche, ça m’a rappelé ce que proposait Windows Vista au début. Je trouve que c’est une bonne chose. Et ce qui est encore plus impressionnant c’est quand c’est porté sur iPad. Alors, un iPad qui est branché en USB-C, avec un clavier Stage manager ouvert, on croirait avoir un Mac. Puisque finalement maintenant, avec l’iPad, avec le nouvel iPadOS16 qui va sortir, on aura la possibilité de redimensionner les fenêtres, de les mettre côte à côte, un petit peu ce qu’on a sur macOS.

Jérôme Colombain : Même si l’iPad a quand même du mal à se hisser à la hauteur d’un Mac, d’un ordi plein d’applications, qui ne sont pas vraiment optimisées pour l’écran d’iPad, et puis le système de pointage, même si maintenant, on peut connecter une souris. Ça fait encore un peu bricolage.

Alexandre Molle : Ça fait encore un peu bricolage, ils ont fait des efforts là-dessus. Maintenant, on imagine qu’avec la puce M1 qui est la même qu’on a sur les Mac, on pourrait avoir de meilleures applications, et peut-être une meilleure expérience d’ordinateur sur un iPad.

Jérôme Colombain : Alexandre, il y a une annonce qui moi, personnellement, m’a vraiment interpellée et ça concerne l’automobile, la voiture. On connaît CarPlay, le système qui permet de déporter sur son écran central de voiture le contenu de son iPhone. Enfin, en tout cas, certaines applications, mais là Apple prépare un Super CarPlay, qui pourra dans le future prendre la place entièrement du tableau de bord dans la voiture. C’est vraiment une stratégie à long terme là qui se dessine.

Alexandre Molle : Alors oui, c’était impressionnant, cette annonce d’Apple CarPlay, puisque là on a Apple dans notre voiture. On a les infos relatives à la vitesse, à l’essence qu’il nous reste, et puis tous nos Widgets habituels. On peut avoir facilement accès à ses contacts, à sa musique, vraiment c’est quelque chose qui m’a beaucoup plu. Et je pense qu’Apple va dans la bonne direction. Certains partenariats avec des constructeurs ont été annoncés, on a vu Renault. Et la question qu’on pourrait se poser c’est cette super interface. Est-ce qu’on va la proposer en mise à jour gratuite aux utilisateurs, donc par exemple, si j’achète ma Mégane itech électrique aujourd’hui, est-ce que j’aurai la mise à jour demain de ce super CarPlay ? Ou bien, est-ce qu’il faudra attendre d’acheter une voiture à partir de fin 2023, qui intègrerait ce Super CarPlay ? C’est bien de le nommer comme cela, Super CarPlay, je trouve que ça va bien avec l’annonce.

Jérôme Colombain : Et puis, il y a une bataille avec Google sur ce terrain-là.

Alexandre Molle : Il y a une vraie bataille avec Android Automotive. Maintenant, c’est vrai qu’Apple a poussé quand même le bouchon, a montré loin, on a la possibilité de choisir ses cadrans. Donc si on veut quelque chose d’un peu plus sport, quelque chose de plus traditionnelle avec les aiguilles, on imagine demain comme le fait Apple avec Airness, ou bien encore Nike, des informations de la voiture personnalisée. Donc, on pourrait imaginer une Mercedes dans CarPlay ou une BMW, des informations ou des cadrans spécifiques. Je ne sais pas si vous avez vu Jérôme, mais il y a certaines icônes, qui font vraiment penser à iOS, à l’Apple Watch, à l’iPad, donc finalement c’est ajouter vraiment la voiture dans l’écosystème Apple. Et je pense que quand on est équipé, quand on a les produits Apple, c’est une vraie ébène d’avoir ces outils-là.

Jérôme Colombain : On sait qu’Apple a travaillé ou travaille peut-être encore sur un projet de voiture, mais qui ne sort pas. On ne sait pas si ce n’est pas abandonné ce projet. C’est peut-être ça finalement la voiture Apple. C’est le logiciel en fait.

Alexandre Molle : C’est peut-être ça. Alors, c’est vrai que c’est une stratégie un petit peu différente de ce que faisait Apple jusqu’à là, puisqu’Apple faisait le software, un software qui allait bien pour le mac, l’iPhone, l’Apple Watch. Là, on a un système qui va dans toutes les voitures, après tout pourquoi pas. Maintenant, j’imagine que le projet pourrait aboutir un jour. Maintenant, c’est vrai qu’avec l’automobile, c’est tellement particulier, on a vu DazN aussi qui a proposé un prototype, mais qui n’est jamais allé jusqu’au bout. Donc c’est vrai que ça ferait plaisir à beaucoup de fans, notamment quand on voit ce que fait Tesla quand même. C’est assez brillant, une voiture qui marche plutôt bien, avec un système bien pensé. Donc, c’est ce qu’on aimerait tous.

Jérôme Colombain : En fait, la voiture devenant de plus en plus un ordinateur sur roues et avec un moteur, il faut du logiciel et on sent bien qu’il y a une bataille des géants américains pour rentrer dans la voiture, pour occuper cette place de plateforme logicielle. Maintenant, on va retomber sur des questions qu’on connaît déjà de souveraineté, de données personnelles, etc. Est-ce que tout le monde sera prêt demain à conduire une voiture Google ou une voiture Apple ? En tout cas, où la partie logicielle, où la partie tableau de bord sera assurée par Google ou par Apple.

Alexandre Molle : Oui, d’autant plus que certains constructeurs comme Renault, ont pris le choix de partir avec Google pour la dernière Mégane iTech. Maintenant, c’est vrai que Mercedes lui lance son OS adapté, on a vu avec l’écran géant, donc ça c’est un choix aussi, donc après ça dépend. J’imagine qu’on aura le choix entre une interface 100% made in France et une interface américaine. Maintenant, c’est vrai que toutes ces questions de données personnelles ont leur importance. J’imagine que l’Europe régulera tout cela.

Jérôme Colombain : Oui, l’Europe mettra peut-être son nez là-dedans. Et puis, Apple continuera aussi sans doute à mettre en avant le respect de la vie privée, comme ils le font sur tous leurs produits en fait.

Alexandre Molle : C’est ça. 

Jérôme Colombain : Alexandre, dernier point, il n’y a pas été question de VR, de réalité virtuelle lors de cette présentation Apple. Alors qu’on sait que c’est un gros sujet. Apple prépare très visiblement un casque de réalité virtuelle. Comment ça se fait selon vous ?

Alexandre Molle : C’est vrai que les rumeurs chauffent. Finalement, est-ce que la VR avait sa place dans cette conférence, je ne pense pas. Là, on parlait vraiment d’iOS, d’iPadOS, de macOS. Je pense vraiment qu’il faudrait un évènement dédié puisque la VR, il faut avant tout sensibiliser les gens, leur expliquer les cas d’usage. C’est vrai qu’aujourd’hui, il y a plein d’expériences en réalité augmentées possibles. Alors là, très récemment, il y a le Printemps qui propose de visiter un store, alors ce n’est pas en réalité virtuelle tout de suite, mais ça pourrait l’être.

Jérôme Colombain : Le Printemps, le magasin français ?

Alexandre Molle : Exactement, la magasin Printemps, qui propose depuis son navigateur web d’être dans une sorte de métavers où on verrait les nouvelles collections depuis son ordinateur. Alors demain, on peut l’imaginer voir ses collections et voir les chaussures avec son casque de réalité augmentée, un vrai usage. Et puis, par exemple Sephora pourrait également proposer une application de réalité augmentée. Elle le fait déjà avec une application mobile, on peut se mettre du maquillage à distance, on peut tester des eye-liners. Il y a différents cas d’usage qui sont possibles, un évènement dédié avec des présentations de sensibilisation. Comme le fait Apple, ça serait, je pense, plus judicieux.

Jérôme Colombain : Merci, Alexandre Molle, consultant chez CapGemini et observateur des actualités Apple.

  • INTERVIEW MILAN STANKOVIC (BLINDNET) : LE PARADOXE DE LA VIE PRIVEE 

Jérôme Colombain : Bonjour Milan Stankovic.

Milan Stankovic : Bonjour Jérôme.

Jérôme Colombain : Vous êtes docteur en informatique. Alors, ce n’est pas celui qui répare les ordinateurs, ça veut dire que vous êtes diplômé en sciences de l’informatique, et vous êtes CPO, c’est-à-dire Chef de Produits de la société Blindnet, une startup franco-américaine spécialisée dans la protection des données, le chiffrement des données pour les entreprises. Vous signez un livre blanc dans lequel vous parlez du paradoxe de la vie privée sur internet. Ça nous concerne tous, de quoi s’agit-il ?

Milan Stankovic : Alors, ça, c’est un concept que les chercheurs ont identifié y a à peu près 20 ans, donc à peu près quand le web et l’internet ont commencé à prendre une place importante dans notre vie. On s’est rendu compte dans la science de ce qu’on appelle « privacy paradoxe ». C’est en gros de dire que les internautes, quand vous les demandez, est-ce que vous tenez beaucoup à votre vie privée ? Ils disent oui. Et puis, vous les demandez alors, est-ce que vous faites des choses en ligne qui exposent au risque, qui mettent en péril votre vie privée ? Ils vont toujours vous dire oui. Donc, c’est un peu paradoxal, comment ça se fait qu’on tienne à notre vie privée, mais en même temps on mène une vie sur internet un peu périlleuse. Alors, des chercheurs se sont penchés sur la question du pourquoi est-ce que cette attache à la vie privée sur internet est réelle ou c’est simplement de l’hypocrisie ? Voilà, on a polémisé longuement dans des cercles scientifiques. Et il se trouve que le phénomène assez similaire existe ailleurs. Il existe dans d’autres domaines, par exemple avec l’écologie, que beaucoup de gens, vous allez leur poser la question, est-ce que vous tenez à l’écologie ? Est-ce que vous êtes pro des choix qui protègent l’environnement ? Ils vont dire oui, mais après ils vont quand même continuer à conduire une voiture, ils vont acheter des choses, pas du tout écologique. Ils vont faire des choix un peu à l’opposé de leurs convictions. Alors, qu’est-ce qui explique ce phénomène ? Plusieurs choses, dont la principale est quand même le manque de moyen. Simplement, ce qui explique ces choix en écologie, c’est que les utilisateurs peuvent vouloir à l’environnement, mais si ça coûte plus cher, ils vont quand même choisir des choix qu’ils peuvent se payer. Donc, avec la privacy, c’est à peu près pareil, sauf que c’est bien pire, c’est que l’utilisateur souvent n’a pas d’alternative. Il se retrouve face à des systèmes internet, des chaînes d’infos, des moteurs de recherche, à des solutions, qui vont simplement exploiter ces données, de manière pas forcément conforme à l’idée de ce qu’on veut, de notre protection de vie privée. Et l’utilisateur souvent se retrouve à ne pas avoir le choix et presque, il a appris qu’il ne trouvera pas ce qu’il cherche, qu’il craint une certaine frustration. Donc effectivement, il existe le paradoxe, en même temps, on maintient qu’on veut la vie privée, et en même temps on veut se connecter, et on veut utiliser tous ces systèmes en ligne (la messagerie, les mails, les réseaux sociaux), on veut être en connexion.

Jérôme Colombain : Oui, on est pris au piège au fait.

Milan Stankovic : Oui, on le voit et dans l’étude qu’on a réalisée avec un très grand nombre d’utilisateurs représentatifs d’un utilisateur moyen sur internet, on voit vraiment ce paradoxe, on voit beaucoup de conséquences psychologiques que ça crée sur les gens.

Jérôme Colombain : C’est-à-dire ?

Milan Stankovic : C’est-à-dire qu’on observe un phénomène assez intéressant où l’expérience sur internet, que nos participants d’étude nous racontent, va être divisée en deux catégories majeures vraiment très distinctes. Vous avez un type de comportement qui est, je me trouve sur un site internet, je suis en confiance, je partage mes données et je trouve que ça a du sens. Je donne mes données, mais c’est pour une utilité avec laquelle je suis à l’aise. Par exemple, je donne mes infos parce que j’achète quelque chose, je vais être livré, donc ça fait du sens. Soit je donne mes données à une startup qui va faire une étude, mais ça fait du sens, je contribue à un objectif sociétal, et là je suis en confiance, et en même temps, les mêmes utilisateurs manifestent complètement après, à l’opposé, où ils disent avoir reçu des situations où ils se sont sentis un peu comme s’il y avait du chantage, comme s’ils devaient donner leurs données pour avoir accès à un service, par exemple un moteur de recherche, ou à lire la presse en ligne où ils ont dû accepter des cookies parfois intrusifs, où ils ont dû donner leurs adresses e-mail pour accéder à un livre blanc, et/ou simplement ils ont ressenti un peu comme s’il y avait du chantage. Donc ce cas, il manifeste le comportement assez intéressant, où 85% des utilisateurs racontent avoir donné des fausses informations.

Jérôme Colombain : C’est une manière de se protéger.

Milan Stankovic : Oui, tout à fait, c’est un moyen de protection qui nous montre qu’effectivement, les utilisateurs se trouvent dans une situation d’impuissance sur internet face à un manque de choix, face à un manque de site et d’applications et de services, qui protègeraient leurs données personnelles et donc ce n’est pas une hypocrisie quand ils disent qu’on y tient, mais on ne le pratique pas parce que de facto on n’a pas le choix.

Jérôme Colombain : Milan Stankovic, est-ce que ce n’est pas aussi parce que finalement on est dans l’ignorance, vous parliez de la contradiction en termes d’environnement. Mais bon, on sait bien que si on prend sa voiture, ce n’est pas bon pour la planète. Tandis que sur internet, on sait qu’il y a des risques, mais on n’a pas forcément conscience concrètement de ce qui peut se passer lorsqu’on consulte tel ou tel site web.

Milan Stankovic : Tout à fait, vous avez raison, l’ignorance est une maladie très dangereuse contre laquelle on cherche à lutter. Mais je pense que ça change un peu. Avec les nouvelles générations, moi j’ai beaucoup d’espoir, parce que les études, pas la nôtre concrètement, on ne s’est pas intéressé à la question, mais Gartner s’est intéressé à la question. Est-ce que les jeunes sont plus conscients des risques, par exemple de la vie privée sur internet et il se trouve qu’effectivement, les jeunes savent trouver des meilleurs choix, ils savent utiliser des applications de messages, qui sont chiffrés de bout en bout par exemple, et qui sont beaucoup plus conscients à la fois de la puissance de l’internet, mais à la fois des dangers. Après, ça change aussi pour le public général, quel que soit l’âge, parce qu’heureusement, il y a la RGPD en Europe, il y a des amendes qui sont infligées à des entreprises de grande taille tous les jours. Et certaines font la une de la presse très souvent. Donc, je trouve que les utilisateurs moyens se rendent compte de plus en plus de danger, après effectivement quand on ne comprend pas comment ça marche, quand on ne comprend pas ce qui peut arriver à une donnée. On a peut-être plus d’enclin à accepter des choix un peu plus dangereux.

Jérôme Colombain : Merci Milan Stankovic, cofondateur de Blindnet.

Si ce sujet vous intéresse, pour en savoir plus, je vous renvoie à l’interview complète de Milan Stankovic, en bonus de Monde Numérique, la deuxième partie de l’interview à laquelle vous pouvez accéder directement via les chapitres du podcast, encore plus dans le détail de l’activité de sa société Blindnet.

  • INTERVIEW BENOIT GRUNEMWALD (ESET) : LE FIC 2022

Jérôme Colombain : Bonjour Benoit Grunemwald.

Benoit Grunemwald : Bonjour Jérôme.

Jérôme Colombain : Expert cybersécurité chez ESET, partenaire de Monde Numérique. Benoit, je suis ravi de vous retrouver. Vous êtes actuellement à Lille pour l’évènement annuel de la cybersécurité en France, c’est le FIC, le forum International de la Cybersécurité. Est-ce qu’on peut rappeler un petit peu ce que c’est exactement tout d’abord ?

Benoit Grunemwald : Le FIC, c’est un des évènements incontournables sur le paysage français de la cybersécurité et Européen également, parce qu’il y a de nombreuses personnalités européennes qui sont présentes au FIC. Et c’est le rassemblement de l’écosystème cyber, à la fois des offreurs de solutions, des offreurs de services, mais également les clients utilisateurs, ainsi que de nombreux étudiants qui viennent se renseigner à la fois sur qui est de la cybersécurité et les métiers de la cyber.

Jérôme Colombain : Oui, c’est un salon professionnel bien sûr et qui montre bien que la cyber, comme on dit, la cybersécurité est devenue véritablement un domaine fondamental parce qu’il y a une dimension sécurité, puis il y a une dimension économique aussi. Tous ces gens-là ensemble font du business en fait.

Benoit Grunemwald : Complètement, et nous sommes très nombreux. Il y a de plus en plus d’exposants au FIC qui présentent leurs solutions et leurs services de quasiment toutes les nationalités, à destination à la fois des entreprises, des collectivités. On parle beaucoup moins des particuliers sur le FIC. C’est vraiment plutôt destiné à une protection des entreprises, mais également des organes d’État, des administrations. Mais le particulier n’est jamais bien loin.

Jérôme Colombain : Alors justement, quelles sont les tendances cette année si on peut dire, en termes de menaces, de cybermenaces ?

Benoit Grunemwald : On constate notamment sur les entreprises qu’il y a toujours des attaques de ransomware. Au vu de l’actualité, il y en a un petit peu moins sur ce début d’année, mais celles-ci ont toujours un impact très fort, quand on a une attaque de rançongiciel en français. On se retrouve sans accès à son système d’informations, ce qui bloque la facturation, la production, les discussions avec les clients, qui est vraiment très impactant. On a également repéré des botnet qui avaient été arrêtés, notamment en coopération avec les forces de l’ordre. Donc le botnet, c’est ce réseau de machine zombie qui va être utilisé à diverses fins par les cybercriminels, notamment envoyer du spam, voler des logins, des mots de passe, être utilisé pour mener d’autres opérations, voire même installer des rançongiciels et le botnet avait été arrêté, tenté d’être arrêté et là, on note une reprise de celui-ci. Donc, ce qui ne veut pas dire que les opérateurs historiques ont relancé le botnet mais qu’il a pu aussi être réutilisé par d’autres acteurs.

Jérôme Colombain : Alors Benoit, ce fameux FIC à Lille est également l’occasion de faire se rencontrer à la fois le monde civil et le monde militaire (l’armée, la police, la gendarmerie), puisque tous ces gens-là ont besoin de travailler ensemble. Et je crois que vous, en tant qu’entreprise spécialisée, vous collaborez régulièrement avec ces forces de police ou militaire.

Benoit Grunemwald : Complètement, d’ailleurs le FIC est coorganisé par la gendarmerie nationale et une entreprise privée qui s’appelle Avisa, et il y a énormément de stands. Donc les forces de l’ordre affichent, présentent leurs activités et effectivement, c’est le moment pour nous de les rencontrer, d’évoquer des problèmes communs, de parler de coopération et dans ce cadre notamment européen, nous avons participé à des exercices qui simulent une cyberguerre, ça s’appelle le lockshield. Vraiment un très grand nombre de pays européens ont pris part à cette initiative, et nous sommes slovaques et nous avons formé une équipe de République Tchèque et de Slovaquie pour mener des opérations de défense fictive, d’exercice de simulation, mais de défense contre des cyberattaques à un niveau très large.

Jérôme Colombain : Et alors, on l’a gagné ou on l’a perdu cette cyberguerre factice ?

Benoit Grunemwald : Alors, cette cyberguerre, forte heureusement, on a gagné, mais pas sur tous les points. Y a des points sur lesquels on a été bon, y a d’autres points sur lesquels on doit s’améliorer, mais c’est vraiment l’objectif de ces entraînements et de ces exercices. C’est de découvrir là où on peut s’améliorer pour que le jour où cela arrive, on soit enfin prêt à coopérer parce que le cyberespace n’a pas de frontière, donc il faut qu’on soit prêt et qu’on ait les canaux de discussions ouverts avec nos partenaires pour pouvoir réagir le plus efficacement possible.

Jérôme Colombain : Bien sûr, dernier point Benoit Grunemwald, une annonce faite à l’occasion du Forum de la Cybersécurité, annonce faite par la plateforme cybermalveillance.gouv.fr, et il y a une annonce qui a été faite dans ce domaine.

Benoit Grunemwald : Exactement, le cybermalveillance.gouv.fr, dont nous faisons partie est un groupement public privé à 3 objectifs, dont 2 principaux. Le premier c’est la sensibilisation du plus grand nombre public-privé et entreprises, mais également collectivités. Et le deuxième rôle de cybermalveillance c’est d’apporter assistance aux cyber victimes et sur leur site, on trouve un module d’assistance en ligne dans lequel on va pouvoir renseigner la situation dans laquelle on se trouve, si par exemple on est victime d’un rançongiciel ou si on a perdu l’accès à son compte, on pense qu’on a été piraté. Donc, on va répondre à toute une série de questions et ces questions vont nous permettre d’être mis en relation, par exemple avec un professionnel de la cybersécurité dans sa région, à côté de chez soi, ou alors, simplement nous donner des conseils pour pouvoir remédier, répondre, résoudre aux problèmes qui sont les nôtres en cybersécurité.

Jérôme Colombain : Merci beaucoup Benoit Grunemwald de la société ESET depuis le FIC, le Forum de la Cybersécurité à Lille.

 

C’est la fin de Monde Numérique numéro 51. J’étais ravi cette semaine encore de passer ces plus de 40 minutes en votre compagnie. La semaine prochaine, rendez-vous à Vivatech. D’ici là, n’hésitez à commenter ce podcast, à le noter, à vous abonner si ce n’est pas déjà fait, parlez-en également à vos amis, portez-vous bien, à samedi prochain.

 

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Benoit Grunemwald

Expert Cyber Sécurité chez ESET France

Expert Cyber Sécurité chez ESET France & Afrique Francophone

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Alexandre Molle

Consultant chez CapGemini | Observateur passionné des actualités Apple.

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Milan Stankovic

Docteur en informatique | CPO (Chef de Produits) de la société Blindnet